Il y a comme une étincelle, dans le ciel ce soir, je sens trembler la Terre, l'apocalypse est ce soir, on semble parti pour la guerre, parti pour la guerre

Il y a comme une étincelle, dans le ciel ce soir, je sens trembler la Terre, l'apocalypse est ce soir, on semble parti pour la guerre, parti pour la guerre
 

 

 
Titre : L'illustre

Auteur : Moe

Béta-lecteur : Nut's

Genre : Heroic Fantasy

Raiting : [18+]

Disclaimer : L'ensemble de l'½uvre m'appartient, je pense qu'il est inutile de le préciser. Comme tous, je suis contre le plagiat. Si vous voulez réutiliser un de mes personnages, demandez-le-moi d'abord.

Photo : Brittany Snow
 
 
Il y a comme une étincelle, dans le ciel ce soir, je sens trembler la Terre, l'apocalypse est ce soir, on semble parti pour la guerre, parti pour la guerre

 
Il y a comme une étincelle, dans le ciel ce soir, je sens trembler la Terre, l'apocalypse est ce soir, on semble parti pour la guerre, parti pour la guerre
Il y a comme une étincelle, dans le ciel ce soir, je sens trembler la Terre, l'apocalypse est ce soir, on semble parti pour la guerre, parti pour la guerre

Ashley tremblait comme une feuille dans les bras de son petit ami. Son sommeil commençait à s'effriter et elle ne cessait de gigoter, donnant par-ci par-là des coups à son voisin. Il la collait, envahissait son espace vital. Dormir avec Yann était un vrai calvaire, il fallait toujours qu'il la serre dans ses bras jusqu'à l'en étouffer, comme si elle allait s'en fuir. 
Au travers des brumes de son sommeil, elle percevait les gémissements de l'asiatique et l'entendait gesticuler. Elle devait très certainement faire mal à l'aristocrate devenu grognon. Son souffle chaud chatouillait le visage de la défigurée qui bougonna à son tour pour le pousser.
 
Le calme revint pendant quelques instants avant qu'elle ne sente à nouveau la respiration contre son nez. L'haleine du jeune homme dégageait une forte odeur de fruits gâtés et de poisson avarié...
 
Elle se rappela soudain que Yann ne mangeait rien qui venait de la mer !
 
Elle ouvrit instantanément les yeux et seule la surprise l'empêcha de glapir de terreur. Deux énormes yeux marrons la fixaient, une lueur d'interrogation s'y reflétant. Ils étaient surmontés par de fortes arcades sourcilières recouvertes d'un unique sourcil noir et dru. Le front, large, se plissait, l'étrange bête devait être en pleine réflexion. Ses cheveux, coupés ras, et sa barbe qui mangeait sa mâchoire carrée s'accordaient au sourcil.
 
Il y eut un moment de flottement durant lequel les deux continuèrent de se fixer avec étonnement. Puis la créature fit un bond en arrière en hurlant tandis qu'Ashley se collait au mur, couvert de la larve sombre. Les beuglements réveillèrent immédiatement les deux autres qui se plaquèrent également au mur, trop ahuris pour crier.
 
Shinobu ouvrait et refermait la bouche sans cesse, les yeux écarquillés. Elle se cramponna au jeune homme et se mit à prier à mi-voix, à une allure vertigineuse.
 
D'autres beuglements résonnèrent dans les couloirs et une petite troupe de ces choses apparut. Ils constatèrent qu'il s'agissait en réalité de singe d'environ un mètre vingt dotés d'énormes ailes d'aigles. D'ailleurs, elles semblaient tellement lourdes que les primates avaient du mal à ne pas tomber en arrière, ce qui leur donnait un air plutôt grotesque.
 
Ils marchaient à quatre pattes et leurs queues, fouettant l'air, marquaient leur inquiétude. Ils agitaient leurs lances en direction du trio, toujours sous l'emprise de la surprise et de la peur.
 
Celui qui semblait être le chef, ou du moins le plus hardi, s'approcha par petit bond déséquilibré, la lance en avant. A la grande stupéfaction d'Ashley, il portait sur la tête un plumeau multicolore qui servait habituellement à enlever les toiles d'araignées. En observant un peu plus le troupeau, elle s'aperçut que l'un d'eux portait une couche crasseuse qui avait bien du mal à couvrir son entrejambe. Un autre avait posé, sur la tête, un ballais pour toilette tout aussi sale. Un troisième exhibait fièrement autour de son torse un faux collier de perles.
 
Elle finit par comprendre que cela représentait leur grade. En effet, plus l'objet était propre et coloré, plus le singe semblait courageux ou autoritaire. Et face à ce tableau grotesque, sa surprise s'évanouit immédiatement et elle se retint difficilement d'éclater de rire.
 
En douceur, pour ne pas effrayer plus les créatures, elle se leva en se tenant au mur. Elle grimaça quand sa main toucha l'horrible substance gluante mais elle fit rapidement un pas en avant.
 
Les singes arrêtèrent immédiatement leur cirque et fixèrent la jeune femme avec leurs grands yeux globuleux. Prudemment, le chef avança, lance pointée vers la blonde.
 
« Ashley, siffla Yann, assieds-toi tout de suite ! »
 
Sans même lui accorder un regard, elle avança encore et tendit les mains vers la créature. Cette dernière s'approcha complètement et toucha doucement ses doigts. En découvrant leur douceur, la surprise se lut sur son visage et il attrapa complètement la poigne de la défigurée en lâchant son arme. Dans un excès de confiance, il s'approcha encore et remonta sa patte le long du bras d'Ashley, complètement hypnotisé par la délicatesse de la peau de l'humaine.
 
Il ne tarda pas à attraper la robe de plumes et fut ravi de la texture. Il en tira une et l'accrocha à son plumeau. Puis, il poussa un cri bestial qui signifiait « fruit » mais elle ne l'apprit que bien plus tard. Le singe avec la couche-culotte sale s'approcha avec ce qui ressemblait une banane bleu et la tendit à la jeune femme.
 
Yann et Shinobu suivaient le rituel sans oser l'interrompre. A l'unisson, leurs c½urs battaient la chamade. L'asiatique enroula sa main autour de celle de l'aristocrate et paniqua en sentant la sueur dégouliner entre leurs doigts. La terreur leur tordait l'estomac, le jeune homme tremblait furieusement et fixait la nuque de la blonde
 
Hésitante, la balafrée attrapa l'étrange nourriture et le chef l'encouragea, avec des cris d'excitation, à la manger. Précautionneusement, elle planta ses dents dedans et elle sentit, aussitôt, le jus gras couler le long de son menton. Un frisson parcourut son corps et elle écarquilla les yeux, soudain ravie.
 
Elle adorait le goût et s'empressa de terminer la nourriture offerte. Le chef leva les bras en l'air et gloussa, content du contact prit avec cette étrange créature à plumes.
 
 
Il y a comme une étincelle, dans le ciel ce soir, je sens trembler la Terre, l'apocalypse est ce soir, on semble parti pour la guerre, parti pour la guerre

 
La troupe marchait en silence dans la neige fraîchement tombée. En quelques heures, ils avaient atteint la forêt de chênes. Il s'agissait d'arbres magnifiques, comme le trio n'en avait jamais vus. Leurs branches encore couvertes de feuilles gelées s'élevaient majestueusement vers le ciel gris et formaient au-dessus de leur tête une arche protectrice. De ce fait, le bois restait sombre et assez inquiétant malgré le large sentier qu'ils suivaient.
 
Le chef des créatures avait enroulé sa queue hirsute autour du bras gauche d'Ashley et la guidait en douceur au travers des bois. Yann lui tenait l'autre main et restait sur ses gardes, le corps tendu par l'angoisse. Shinobu s'accrochait désespérément à sa chemise et tentait de suivre ses grandes enjambées.
 
Sans même s'en rendre compte, elle se grattait le cou, là où le moustique l'avait piquée quelques heures plus tôt. Une énorme plaque rouge se démarquait déjà de sa peau pâle. Elle avait terriblement chaud et sa robe se voyait marquée par de grosses auréoles au niveau de ses aisselles. Elle lui collait au dos en laissant également de larges traces humides. Elle fut heureuse alors de ne pas porter de collants et que la chair de ses jambes soit au contact de la neige.
 
Sa vision se troublait et elle ne distinguait plus grand-chose. Les carreaux de la chemise de l'espiègle garçon dansaient devant ses yeux de manière étrange. Elle trébucha soudainement et seuls les réflexes rapides de Yann l'empêchèrent de tomber.
 
« Ca va ? s'enquit-il, tu es toute pâle. Et qu'est-ce que c'est que cette tâche rouge ? »
 
Elle entendit Ashley marmonner qu'elle était toujours pâle mais n'y prêta aucune attention.
 
« J'ai chaud, gémit-elle.
-       Il fait près de zéro degré ! s'inquiéta-t-il, veux-tu faire une pause ? T'asseoir un peu ? 
-       S'il te plaît, le supplia-t-elle. »
 
Sans plus attendre, elle s'écroula sur le sol et se blottit dans les bras de son compagnon de route, en tremblant violemment. Ses yeux ne tardèrent pas à se révulser et des convulsions attaquèrent son corps. Une bave jaunâtre sortit de ses lèvres devenues bleues.
 
Avant que le châtain ne puisse bouger, un singe surgit de nulle part et plongea son poing dans la bouche de l'asiatique pour éviter qu'elle n'avale sa langue. Il la tira si fort que Yann crut qu'il allait la lui arracher.
 
Impuissant, il ne réagit pas quand il le dépouilla de son fardeau et l'allongea dans la poudreuse. Trois créatures accoururent et s'assirent sur la brune pour l'empêcher de bouger. Celui qui tenait la langue entre ses griffes tira de sa couche un pot en terre cuite.
 
Ashley eut une moue de dégoût, elle repasserait pour l'hygiène !
 
Avec une agilité surprenante, le chimpanzé ouvrit le récipient et en tira une épaisse mixture rose saumon qu'il étala sur le cou de Shinobu. Il en mit également sur ses yeux, sa bouche et, sans aucune gêne, lui déchira sa robe pour barbouiller sa poitrine.
 
Trop angoissé, Yann ne put détourner les yeux et regarda la peau de l'adolescente se couvrir d'énormes boutons purulents. La poitrine de la jeune femme se soulevait encore rapidement mais ses contorsions se calmèrent petit à petit pour s'arrêter doucement.
 
Le c½ur battant la chamade, l'aristocrate porta sa main tremblante vers le front de l'asiatique pour estimer vaguement sa température. Affolé, il constata qu'elle se trouvait bien en dessous de la moyenne. Maladroitement, il lui enfila sa chemise et sa veste de costume. Il ne prêta aucune attention à l'odeur rance qui lui montait au nez, mélange de sueur, de salive et de pus.
 
« Yann, gémit-elle en papillonnant des yeux, est-ce que je vais mourir ? »
 
Que pouvait-il répondre à une telle question ? Sa pâleur lui faisait peur, les cernes sous ses yeux bridés la faisaient ressembler à une droguée et sa sclère devenait jaunâtre. Si ses jambes ne tremblaient pas tant, le jeune homme se serait enfui depuis longtemps. Et même obnubilé par son amie, il ressentait déjà la morsure du froid s'acharner sur son torse frêle.
 
La tête de Shinobu dodelina sur ses épaules et elle s'enfonça dans un sommeil comateux aussi vite qu'elle s'était réveillée. L'humain jura avoir vu son âme quitter son corps et il voulut la serrer contre lui pour la tenir au chaud. Cependant avant qu'il puisse faire le moindre geste, trois créatures lui sautèrent dessus et lui arrachèrent à nouveau l'asiatique des mains.
 
La portant au-dessus de leurs énormes crânes, ils s'enfoncèrent dans la pénombre de la forêt. Ashley trouva la scène grotesque et se retint de rire. Les circonstances ne jouaient pas en sa faveur et son petit ami ne lui pardonnerait pas un tel écart.
 
Surprise, elle constata qu'il se relevait déjà et courut à la suite de la troupe. Le reste du groupe eut toutes les peines du monde à les suivre. La robe de la blonde s'accrochait sans arrêt aux branches et cela semblait bien plus la préoccuper que la future mort hypothétique de sa voisine de dortoir. Au bout d'un moment, elle dut bien se résigner et admettre que sa robe hors de prix était fichue. Elle n'irait pas jusqu'à dire que cela l'attristait mais elle y tenait tout de même un peu. Le père de Yann avait quand même fait le déplacement jusqu'en Italie pour se la procurer.
 
L'insensible jeune femme se demandait s'ils arriveraient un jour à destination quand la compagnie déboucha enfin sur une petite clairière. Les pâles rayons du soleil peinaient à traverser l'épaisseur des nuages gris et leurs reflets éclairaient très peu le sol couvert de neige. Sous la poudreuse, la végétation glacée formait un tableau aux couleurs vives. Un petit ruisseau coulait à quelques mètres et un pont en bois passait au-dessus donnant ainsi à la prairie un aspect de jardin japonais.
 
En la traversant, Ashley comprit qu'il s'agissait en réalité de champs culture. Elle passa devant des arbustes dans lesquels poussaient d'énormes fruits ronds et bleu pâle. Un peu plus loin s'étendaient d'étranges raisins vert fluo et juste à côté des groseilles jaunes.
 
Cet ensemble dégageait une immonde odeur de fermentation comme si toute la culture avait pourri. En plus de cela, l'humaine sentait  un relent de fumée âcre qui attaquait ses sens, elle aurait rendu son repas si elle en avait pris un ! A son grand déplaisir, plus ils s'approchaient du bout du pré, plus l'odeur devenait insoutenable.
 
De plus, elle commençait sérieusement à avoir froid. Dans ses petites ballerines rouges, ses pieds prenaient une inquiétante couleur violette et ses mollets suivaient le même chemin. Les poils de ses bras et de sa nuque se redressaient semblant témoigner de leur mécontentement.
 
Elle croyait entendre des hurlements, des grognements ou des gémissements. Pourtant, même en regardant dans toutes les directions possibles, elle ne voyait personne. L'inquiétude commençait à la gagner et elle se mit à trembler. Pour tenter de se rassurer, elle s'accrocha à nouveau à la queue de la créature qu'elle avait lâchée suite à la mésaventure de Shinobu.
 
L'amante s'alarma soudain pour Yann. Depuis quand avait-il disparu ? Cet idiot ne possédait aucun sens de l'orientation, elle espérait qu'il avait réussi à suivre l'autre moitié du groupe. La fumée et le brouhaha qui s'intensifiaient ne la rassuraient guère. Le malaise lui rongeait les tripes et elle souhaitait ardemment arriver enfin à destination.
 
« Yann ! hurla-t-elle dans un vague espoir qu'il lui réponde ».
 
Il n'en fut rien et elle répéta plusieurs fois le prénom de son compagnon sans jamais obtenir de réponse. Elle perdait son sang-froid et plus que tout, ce constat la paniqua encore plus. Elle regretta que l'épaisseur du feuillage des arbres et des nuages ne laissât pas passer le soleil. La pénombre, ajoutée au reste, la mortifiait et elle se surprit à désespérer de ne pas revoir son petit ami – elle dut reconnaître qu'elle se fichait pas mal du sort de l'asiatique !
 
Le chef des créatures s'arrêta brutalement et Ashley le percuta de plein fouet. Au premier abord, elle ne comprit pas pourquoi ils faisaient halte ici alors qu'ils se trouvaient seuls. La fumée devenait très épaisse et elle ne distinguait plus le bout de ses pieds – bien qu'avec ses seins opulents et son ventre, elle arrivait rarement à les voir ! Encore une fois, des murmures lui parvinrent mais la brume ne lui permettait pas de percevoir d'où ils venaient.
 
« Yann ! cria-t-elle de nouveau.
-       Je suis là, Chou ! »
 
De soulagement, elle soupira, ses jambes arrêtèrent doucement de trembler et son c½ur arrêta de battre la chamade. La voix du jeune homme avait repris son timbre habituel, signe que tout allait pour le mieux. Par extension, elle pouvait en déduire que Shinobu ne se mourait plus.
 
« Où est ce crétin ? pensa-t-elle soudain irritée par les décisions hâtives et idiotes de l'aristocrate. »
 
Cependant avant qu'elle ne formule sa question à voix haute, deux créatures attrapèrent ses bras et s'envolèrent en direction de la cime des arbres gigantesques. Surprise, elle eut un hoquet de peur et se retint de gigoter en hurlant, elle ne voulait surtout pas qu'ils la lâchent. Elle voulut s'accrocher aux bras des singes mais ses mains moites ne trouvèrent pas de point d'appui.
 
Après un temps qui lui parut infini, les pieds d'Ashley se posèrent enfin sur une plateforme solide. Elle venait d'atterrir dans ce qui semblait être le c½ur de la fumée et elle ne voyait rien des alentours. Le nuage lui brûlait les yeux lui arrachant quelques larmes, attaquait sa gorge en l'asphyxiant.
 
Par contre, elle entendait beaucoup plus distinctement les voix qui s'avérèrent mélodieuses. Au-dessus des grognements, des ululements et couinements, elle distingua la voix  de son petit ami qui désespérait de pouvoir reproduire les sons qu'il entendait. De loin, cela ressemblait à une chanson ou une incantation. Entendre l'aristocrate la rassurait et elle sentit un poids quitter ses épaules.
 
A tâtons, elle réussit à saisir la patte d'un des singes qui la guida dans la brume malodorante. Au fur et à mesure de son avancée, le vent fouettait violemment son visage et la faisait tanguer. Elle se prit à espérer que la plateforme sur laquelle ils se trouvaient soit sécurisée ou très large pour qu'elle ne puisse pas tomber. Elle apercevait, de temps à autre, des formes floues et rondes, parfois des longs tunnels en spirale qui grimpaient encore vers le ciel assombri. Il lui arrivait aussi de se baisser pour éviter d'épaisses branches toujours couvertes de feuilles gelées par l'hiver.
 
Au bout de plusieurs minutes, elle s'arrêta devant une des formes rondes d'où semblait s'échapper la fumée et d'où la mélodie émanait. Le bâtiment était un tressage gigantesque réalisé à l'aide de rameaux de saule, d'après ce que pouvait en juger Ashley. Le fumet s'échappait par la porte et le trou qui remplaçait le toit de cette étrange architecture.
 
La jeune femme entra seule, son guide semblait ne pas avoir le droit de pénétrer dans la demeure. Elle repéra aussitôt le feu qui brûlait dans un âtre. Bien qu'il produisît de belles flammes et dégageât beaucoup de fumée, il faisait relativement froid dans l'unique pièce de la sphère. En avançant, la blonde constata que des milliers de plumes roses recouvraient le sol, leur douceur effleura ses mollets et un frisson de plaisir monta le long de son échine.
 
Au centre de la chambre, Shinobu se convulsait à même le sol, elle portait encore la chemise et la veste de Yann. A côté d'elle, un singe tanguait en grognant et agitant une boule d'où s'écoulait un nuage pourpre. Sa poitrine nue ne laissait aucun doute sur son sexe et contrairement aux autres créatures, elle portait un pagne composé de plumes multicolores. Son cou s'ornait également d'un collier comprenant os jaunâtre, dents pourries et plumes vertes.
 
En remarquant Yann recroquevillé non loin des deux autres, elle se précipita vers lui. Il avait toujours été d'une extrême maladresse et Ashley s'inquiétait de la voir blesser – autant que son absence de ressenti le lui permettait du moins. Elle avait eu peur qu'il se soit amoché en se prenant les pieds dans un fil imaginaire. Cependant en l'inspectant rapidement, elle constata qu'il ne souffrait de rien. Elle lui prit la main et elle le surprit à trembler fortement. Ne sachant pas s'il était terrorisé ou s'il avait simplement froid, elle déposa un baiser au creux de son cou. Le jeune homme ne donna aucune réponse et continua de fixer l'autre duo.
 
La chamane plaça deux belles feuilles sur les paupières de l'asiatique et posa ses mains sur sa poitrine blanche. Les pustules éclatèrent une à une déversant un liquide gluant et puant, très certainement du pus. La créature appliqua alors consciencieusement une crème qui se trouvait dans un petit pot de terre cuite calé entre ses pieds. À la suite de cela, elle fit boire à Shinobu une mixture bouillonnante. Petit à petit, les convulsions de l'adolescente se calmèrent pour finalement s'arrêter, sa respiration reprit son calme et ses traits, alors tirés par la douleur, se détendirent.
 
Exténuée, la sorcière vint s'asseoir face aux deux humains abasourdis par ce qui venait de se dérouler. Yann ne tremblait plus et semblait essayer que chacune des parcelles de son grand corps touche celui de sa petite amie. La créature leur sourit et ils remarquèrent qu'il lui manquait deux dents et que trois étaient noires. Indécise, elle se pointa du doigt et ouvrit plusieurs fois la bouche.
 
« Moi, balbutia-t-elle hésitante, moi, Chandrak... Vous ? »
 
La main du jeune homme enserra brutalement celle de la blonde manquant de lui en briser le pouce. Il lui sembla que son c½ur s'arrêtait de battre et il sentit clairement une goutte de sueur glisser lentement le long de sa colonne vertébrale. 
 
« Je... Vous... Tu... Il, bredouilla Ashley, elle vient de parler allemand ! »
 
Le châtain agita frénétiquement la tête pour répondre à l'affirmation de sa compagne. Bien que l'allemand soit la langue universelle depuis longtemps, entendre une créature tout droit sortie d'un roman fantastique la parler les sidérait. La jeune femme se demanda même si elle ne rêvait pas et si elle n'allait pas se réveiller d'un moment à un autre. Elle se pinça violemment l'avant-bras sans résultat.
 
Encouragée par la prise de parole de l'humaine, la chamane reprit difficilement la parole :
 
« Vous bienvenus ici ! Nous heureux avoir trouver vous ! Ici calme endroit, reposant pour fille malade. Elle piquée par pas bon Structose ! Mais elle bien maintenant, va dormir et rêver et peut-être même.. euh... parler ! »
 
Elle sourit, ravie de son long discours dans cette langue étrange. Puis elle se tourna brusquement vers la fille d'Eve la faisant sursauter et reprit son monologue :
 
« Vous vieille Dieu ou Roi ? »
 
La jeune femme n'apprécia pas le terme « vieille » qui ne la caractérisait pas vraiment. Ni même que la moitié de la phrase soit au masculin. Cependant elle n'eut pas le loisir de faire part de son mécontentement, la guenon poursuivit :
 
« Moi heureuse connaître toi, moi honorée. Toi beaucoup plumes, ici plumes sacrées et est pouvoir. Regarde, moi un peu plumes aussi, moi guérisseuse. Alors toi Dieu ou Roi important. »
 
Stupéfaits, les deux français regardèrent ce qui restait de la robe, pas grand-chose en somme. Des lambeaux de tissu et duvet pendaient mollement autour des jambes de sa propriétaire. Et le dessous qui aurait dû être blanc se couvrait de boue et de traces vertes produites par l'herbe et la crasse de l'appartement.
 
« Je savais qu'elle ferait fureur cette robe ! s'extasia Yann avant de se concentrer sur le singe, comment connaissez-vous notre langue ?
-       Langue ? demanda la créature sans comprendre.
-       Oui, ces mots, répéta l'aristocrate en désignant son torse, sa gorge puis enfin sa bouche.
-       Ces mots-ci ? Est parole vieille, peu de mon peuple connaître ces mots. Mais autre personne connaître peut-être mieux, moi pas savoir. »
 
Un court silence s'installa durant lequel ils digérèrent le trop plein d'informations qu'ils venaient d'apprendre. Ashley avait déjà mal au crâne et hésita à s'allonger dans les plumes pour dormir. Comment pouvaient-ils se retrouver dans ce cauchemar ?  Qu'avait-il fait pour mériter un tel traitement ? En fait, elle le savait parfaitement mais ne voulait surtout pas y repenser. Ces souvenirs la dérangeaient plus que tout, la mettait à fleur de peau et les événements passés lui faisaient encore froid dans le dos.
 
« Toi, continua la sorcière à l'attention de l'humaine, toi, être élue ? Toi venir aider nous ? Toi connaître paroles ? De ses qualités, il bannira l'enfant du Diable, Pour que le commun retrouve la paix, Pour que s'installe la sérénité, Que les peines deviennent endossables ? Paroles dures pour moi mais toi savoir ? Parce que toi fille à plumes. Histoire dire que fille à plumes venir aider nous ! Alors toi aider ?»
 
Un frisson d'horreur parcourut le corps de la jeune femme quand elle entendit la dernière strophe d'une comptine que lui chantait sa mère. Durant un court instant, elle revit les flammes et le ghetto, le sourire et les cheveux blonds de sa mère. Elle revit l'hôpital où on l'avait transportée d'urgence, les médecins en blouse blanche avec leurs scalpels lui déchiquetant le visage. Aujourd'hui encore, elle ressentait encore une vive douleur en se remémorant l'horreur de cette journée.
 
Comment cette créature connaissait-elle cette chanson idiote et morbide ?
 
« Aider ? questionna Yann sans avoir perçu le malaise de son amie, en quoi ? Y a-t-il beaucoup d'injustices dans ce monde ? Êtes-vous oppressés par quelqu'un ?
-       Injustice ? Oppressés ? répéta le singe, moi pas connaître ces mots.
-       Hum, réfléchit-il en grattant la naissance de sa barbe, comment dire ? Y a-t-il quelqu'un qui vous fait du mal ? Qui vous maltraite ? Y a-t-il beaucoup de guerres ?
-       De guerres ? Oh non, pas guerre depuis bataille entre Elfes. Grande tuerie c'était, beaucoup d'elfes morts, beaucoup de terres détruites. Aujourd'hui, Alps diriger monde, Alps intelligents mais orgueilleux et égoïstes. Alps demander beaucoup tribut : argent, fer, nourriture... Mais Alps assurer notre sécurité, plus de guerre maintenant ! Roi Alps très influent et a beaucoup pouvoir. Grand magicien et grand combattant et grande intelligence. »
 
L'humain ne comprenait pas tout de ce discours. Cependant de ce qu'il saisissait, ils se retrouvaient dans le même genre de situation que celle d'avant : un dictateur et un peuple opprimé. Alors, où se trouvait le rapport entre ce monde et Ashley ? En quoi devait-elle aider et en quoi son plumage incitait à croire qu'elle pouvait résoudre des problèmes ? Qu'est-ce qu'étaient les Alps ? A quoi ressemblaient-ils ? Etaient-ils nombreux ? Où vivaient-ils ?
 
Tant de questions qu'il désirait poser mais, soudainement, Shinobu se remit à gigoter sur son lit de plumes. Elle battit des paupières, se tourna vers l'aristocrate toujours torse nu, fronça les sourcils et marmonna :
 
« Vous n'êtes pas imberbe ? »
 
Le jeune homme regarda sa poitrine recouverte d'un duvet foncé et écarquilla les yeux de surprise. Cette partie de son corps ne l'avait jamais complexé et ses poils ne le dérangeaient pas du tout. Mais en entendant Ashley ricaner, il rougit de honte.
 
L'asiatique ne semblait pas dans son état normal comme si elle flottait entre le monde réel et celui des rêves. Son regard se perdait dans le vague et son corps flasque tenait difficilement assis, elle chancelait de droite à gauche doucement. En regardant de plus près, une de ses sclères restait jaune et injectée de sang.
 
« Vous entendez ? demanda-t-elle d'une voix monotone »
 
Les trois autres se redressèrent instinctivement et le corps de la chamane se tendit d'effroi. Pourtant, ils n'entendaient aucun bruit inquiétant. Le vent soufflait dans les branches et le feu crépitait doucement. La fumée s'était dissipée depuis longtemps libérant la vue du village dans les arbres. De la porte, Ashley apercevait d'autres nids ronds et beaucoup de passerelles qui les reliaient entre eux. Elle voyait également plusieurs singes qui s'étaient figés et qui écoutaient attentivement les bruits de la forêt.
 
« Simorgh ! hurla soudainement un des singes. »
 
La panique prit vite le dessus et l'ensemble du village sortit des maisons en courant et hurlant de terreur. La sorcière sortit à son tour, très certainement pour chercher le chef de la tribu.
 
Yann courut vers Shinobu et la prit dans ses bras pour la bouger. Il constata, surpris, qu'elle était bien plus lourde qu'il n'y parût. Elle n'émit aucune protestation et ne s'accrocha même pas au jeune homme, il dut lui prendre les bras pour qu'elle les place derrière sa nuque. Puis, il sortit de la maison dans l'espoir de trouver un meilleur refuge.
 
Ashley le suivit de près et une fois dehors, elle fut ahurie par la violence du vent et par la hauteur à laquelle ils se trouvaient, la chute serait fatale. Paniquée, elle voulut s'accrocher à une branche mais celle-ci se cassa et lui resta dans les mains. Dans quoi venait-elle de se fourrer ?
 
« Oh, s'extasia Shinobu, regardez, un petit moineau ! »
 
« Petit moineau » ne correspondait pas au terme le plus approprié pour définir la chose qui venait de s'élever devant eux, pas du tout même ! Il s'agissait d'un énorme hybride possédant la tête et les ailes d'un rapace avec le corps d'un chien Saint Bernard. Il devait bien faire un mètre soixante-dix au garrot pour un poids comprit  entre six cent et sept cent kilogrammes. Son bec claquait l'air dans un bruit effroyable et ses ailes brassaient brutalement du vent manquant de faire tomber le trio.
 
Dessus, se tenait une créature à l'aspect humain mais si pâle qu'elle ressemblait à un mort. Ses cheveux sombres contrastaient avec ses yeux bleu électrique qui fixaient les trois humains. Son regard ne présageait rien de bon et le sabre qu'elle tenait n'aidait pas à la rendre plus sympathique. Son armure faite de fer-blanc brillait faiblement et lui donnait une allure lugubre.
 
Ashley, terrorisée, resserra sa prise sur branche devenue étrangement lourde. Elle espérait que cela ferait un bon gourdin mais elle en doutait fortement. Et peut-être que ces créatures ne se trouvaient pas là pour de mauvaises intentions.
 
Son hypothèse tomba à l'eau quand la monture poussa un cri funeste et fonça vers eux sans aucun état d'âme. La blonde vit Shinobu plaquer ses mains contre ses oreilles et fermer les yeux, elle l'entendit crier. Elle sentit Yann se tendre de peur et resserrer son étreinte sur l'asiatique.
 
Sans trop savoir ce qu'elle faisait, Ashley écarta les jambes pour prendre un meilleur appui et brandit son arme de fortune.
 
Pour la première fois de sa courte vie, elle pria pour que quelqu'un leur vienne en aide !
 
Il y a comme une étincelle, dans le ciel ce soir, je sens trembler la Terre, l'apocalypse est ce soir, on semble parti pour la guerre, parti pour la guerre

 
Il y a comme une étincelle, dans le ciel ce soir, je sens trembler la Terre, l'apocalypse est ce soir, on semble parti pour la guerre, parti pour la guerre
Chandrak est un prénom Indien qui signifie plumes de Paon et Lune.

Fille d'Ève/Fils d'Adam font référence au statut d'être humain d'Ashley, de Shinobu et de Yann. Cette expression vient du Monde de Narnia.
 
Tadaaaaaam ! Me revoilà (enfin me direz-vous) après avoir corrigé le second chapitre de L'Illustre. Alors un énorme merci à Nut's et Gabrielle pour leur travail d'enfer et le temps qu'elles y consacrent. Leurs remarques et leurs conseils sont très aboutis et m'aident beaucoup.

À ceux qui me suivent, je suis désolée de prendre tant de temps entre chaque chapitre mais j'écris lentement... tellement que ça en devient pathologique ! Cependant le chapitre 3 ne devrait pas tarder à suivre. Il faut juste que j'apporte les corrections de Nut's.

A très bientôt donc !

Bisous, bisous,

Moe.

Tags : Chapitre 2 Partie 2

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.198.111.185) if someone makes a complaint.

Comments :

  • Syn-contes

    17/07/2012

    Fille d'adam et d'Eve. Oui je connaissais cette référence. En même temps Narnia est mythique...en même temps il y a toujours des gens qui ont la possibilité de ne l'avoir j'amais vu. Alors bien vu la note!

    Un petit paragraphe pour la musique : Shy'm booste la lecture! Fin je dis ça...mais le chapitre je l'avais déjà lu. je triche. ^^'. En tout cas, je pense qu'elle booste!

    Je voulais te demander également. Tu as un signe bleu qui fait la césure entre deux grands moments dans ta partie de chapitre. J'ai trouvé le concept intéressant au lieu d'utiliser les trois petites étoiles : *** qui quand tu écris sur word se tranforme par un trait immonde. J'ai d'ailleurs trouvé ce que je cherchais sur Daffont...malheureusement je n'arrive pas à le mettre en écriture sur skyrock...ce qui fait que je passe à chaque fois par une image...et, dear! Qu'est-ce que c'est casse-...!

    De drôles de personnage que tu nous décris...perso, j'ai pas eu de problème pour es imaginer, preuve que ta description est bonne. Par contre ces singes tel que je les imagines n'ont pas la même tête que ...euh...zut...bon...la shamane ^^. Par contre elle, avec les détails que tu as fourni au départ, sans problème je la vois se mouvoir dans ma tête.

    Eheheh! J'aime bien aussi : Yann n'a pas le sens de l'orientation...eh ouais. Les filles l'ont désormais *_*

  • Noix--zette

    21/06/2012

    De rien, c'est un plaisir ! Et prends ton temps, le résultat est très bien ! Ça sert à rien de stresser, tu écris pour le plaisir, c'est le principal. Bises

Report abuse