Et si je fume, c'est pour tes beaux yeux irrités. Et si je hurle,c'est pour que tu viennes me chercher

Et si je fume, c'est pour tes beaux yeux irrités. Et si je hurle,c'est pour que tu viennes me chercher
 
Titre : L'illustre

Auteur : Moe

Béta-lecteur : Nut's

Genre : Heroic Fantasy

Raiting : [18+]

Disclaimer : L'ensemble de l'½uvre m'appartient, je pense qu'il est inutile de le préciser. Comme tous, je suis contre le plagiat. Si vous voulez réutiliser un de mes personnages, demandez-le-moi d'abord.

Photo : Brittany Snow
 

Et si je fume, c'est pour tes beaux yeux irrités. Et si je hurle,c'est pour que tu viennes me chercher

Et si je fume, c'est pour tes beaux yeux irrités. Et si je hurle,c'est pour que tu viennes me chercher

Et si je fume, c'est pour tes beaux yeux irrités. Et si je hurle,c'est pour que tu viennes me chercher
L'atmosphère oppressante étouffait la jeune femme, elle suffoquait. De plus, un énorme poids l'accablait, lui écrasait les vertèbres, lui déchiquetait le dos. L'obscurité l'englobait et le froid lui glaçait les os. Où se trouvait-elle ?
 
Elle ne se souvenait de rien et la tête lui tournait horriblement. Prise de nausée, elle se retint de peu de vomir. Sa jambe droite la faisait souffrir mais dans la pénombre, elle ne la distinguait pas. Était-elle cassée ? Si oui, comment est-ce que cela avait bien pu se passer ? Ou bien était-ce simplement parce que quelque chose exerçait une forte pression dessus ? Elle arrivait à la bouger quelque peu, elle pensa que c'était bon signe.
 
Elle tenta de se redresser et poussa du mieux qu'elle put sur sa jambe gauche et ses bras. Elle rencontra alors un obstacle chaud qu'elle identifia tout de suite comme un corps. Ne sachant pas depuis combien de temps elle demeurait là, elle ne pouvait identifier s'il s'agissait d'un cadavre ou non !
 
Elle supposa que oui et reprit sa tâche de plus belle.
 
« Ashley, se plaignit le corps, arrête ça ! Tu vas me broyer les os !
-       Yann ? s'étonna la blonde.
-       Bien sûr ! grogna-t-il, qui veux-tu que ce soit, idiote ? »
 
Offusquée par l'insulte, elle lui donna un violent coup qui, par hasard, atteignit le ventre du jeune homme. Le souffle coupé, il ne réussit pas à crier de douleur.
 
Un sourire sadique passa sur les lèvres de la jeune femme dont la vue commençait à s'habituer à l'obscurité.
 
« Yann, gémit la voix de Shinobu, visiblement pas très réveillée. »
 
N'obtenant aucune réponse, l'adolescente se mit à gigoter et la blonde la repéra aisément. Un halo de lumière l'éclairait faiblement et elle ne voyait d'elle que sa masse de cheveux sombres.
 
« Yann ? répéta-t-elle inutilement, apparemment pas très rassurée. »
 
Le châtain la prit finalement en pitié et lui répondit pour tenter de l'apaiser. La cadette se redressa et la défigurée put voir que les larmes avaient ravagé son maquillage, laissant de longues traînées noires sur ses joues. Elle voulut les rejoindre en rampant mais l'aristocrate lui intima de rester à sa place. La sortie se situait probablement derrière elle, vers le rayon de soleil.
 
« Où sommes-nous ? questionna l'asiatique. »
 
Ashley leva les yeux, elle en posait des questions, celle-là ! Exaspérée, elle répondit sèchement :
 
« Sûrement pas dans le cul du diable, vu comme on se les gèle !
-       Ashley ! s'indigna le dandy.
-       Et barre-toi de là ! Tu m'écrases ! Tu as encore grossi ! »
 
Sans même s'occuper du geignement d'indignation de Shinobu, elle grogna à son intention :
 
« Et toi, va falloir te bouger un peu au lieu de couiner ! Tu te remues pour faire demi-tour et tu te grouilles d'atteindre cette putain de lumière afin de savoir si c'est la sortie ou non ! »
 
Elle hurlait trop, elle en prenait conscience mais elle n'arrivait pas s'en empêcher. Ils l'agaçaient trop ! De vrais mollassons ! Enervée au plus haut point, elle donna un nouveau coup à son copain pour qu'il se dépêche et le trio se mit enfin en mouvement.
 
 
La défigurée remarqua que sa jambe ne formait pas d'angle étrange, n'avait pas triplé de volume et qu'elle pouvait la bouger. Elle en conclut qu'elle n'était donc pas cassée. Une simple entorse peut-être qui avait mal cicatrisé. Par contre, du sang séché couvrait un de ses bras et elle ressemblait, par conséquent, à une bête morbide tout droit sortie des contes pour enfants.
 
Ils siégeaient encore dans l'énorme faille qui avait englouti la cathédrale. En constatant qu'elle n'avait pas rêvé, Shinobu devint hystérique et ne cessa de brailler que tout le monde était mort. En voyant que Yann peinait à la calmer, Ashley se demanda comment il faisait pour garder patience et à ne pas la gifler.
 
Les énormes parois de pierre répandaient une ombre terrifiante et particulièrement lugubre. Les hurlements stridents de l'asiatique résonnaient inlassablement aux oreilles de la balafrée et un mal de tête ne tarda pas à lui vriller le crâne. Dans la pénombre, elle distinguait difficilement la cathédrale, pourtant plus qu'imposante. Peu encline à réfléchir longuement, elle préféra conclure qu'il n'en restait que des ruines.
 
Et pire que tout, il neigeait, en plein milieu de juillet !
 
Un tourbillon de flocon s'abattait paresseusement sur leurs tignasses couvertes de poussière blanche et ils ne tardèrent pas à être frigorifiés. Shinobu tremblait d'ailleurs de la tête au pied, ce qui n'arrangeait pas sa crise de nerf. Elle-même ne tarda pas à claquer des dents et se serait volontiers couchée dans un lit, à l'orphelinat.
 
« Comment sort-on de là ? grogna Ashley, dont l'énervement atteignait ses maigres limites, c'est pas qu'on se les pèle, mais un peu quand même. Yann, sers-toi de ton cerveau pour une fois et fais-nous sortir d'ici ! »
 
Toujours coincé avec la japonaise pleurnicharde, le jeune homme lui jeta un regard mauvais et se contenta d'un grognement.
 
« Oh, merde ! grinça la blonde à l'attention de la brune, arrête donc de chialer ! Rien ne te prouve que tout le monde soit mort ... Avec chance, il n'y aura que Mama de crevée ! »
 
Shinobu laissa échapper un cri de détresse et ses pleurs redoublèrent, achevant son maquillage déjà bien abîmé. Une nouvelle fois, son petit ami lui lança un regard outré. La défigurée haussa les épaules, cette sotte n'était pas même fichu d'apprécier les bonnes nouvelles !
 
La jeune femme s'en moqua royalement et agita ses pieds dodus dans l'espoir qu'ils ne finissent pas en glaçon.
 
« Il ne manque plus que les engelures pour amuser la galerie, pensa-t-elle ironiquement. »
 
 
Et si je fume, c'est pour tes beaux yeux irrités. Et si je hurle,c'est pour que tu viennes me chercher
 
Quand ils sortirent enfin de la faille, la nuit commençait à tomber et la neige ne cessait pas de se déverser sur eux. Frigorifiés et les vêtements trempés, ils tremblaient de la tête aux pieds. De larges sillons retraçaient leur chemin parcouru au fil du temps écoulé.
 
La fatigue les accablaient, près de trois heures leur avaient été nécessaires pour sortir du gouffre qui semblait sans fin. Au bout d'une, ils avaient enfin trouvé un chemin qui menait à la surface. Cependant, la tâche n'avait pas été aisée tant la broussaille l'encombrait. Parfois, il leur avait fallu plus escalader que marcher, à d'autres moments, le vent avait soufflé si fort qu'ils avaient préféré ramper plutôt que de prendre le risque de tomber. Ils n'avaient pas mécontent de retrouver le haut.
 
Terrifiés, ils constatèrent avec stupeur qu'il ne restait pas grand-chose de ce qu'ils avaient connu. Ils se trouvaient à Grand Quevilly, du côté rive gauche. Les cadavres des HLM s'étendaient à perte de vue, adressant leurs grincements pathétiques à l'attention des nuages.
 
Aussi surprenant que cela puisse paraître avec la faible température, la végétation recouvrait les rues et les bâtiments. Une éclosion de couleur les accueillit, le lierre recouvrait les habitations, des fleurs multicolores s'enroulaient autour des réverbères. Sous la couverture blanche, ils distinguèrent l'herbe verte, des marguerites de même couleur que la neige.
 
Pourtant, le froid et la glace avaient pétrifié cet étrange décor, les végétaux devenaient des statues qui auraient sans aucun doute brillé au soleil. Aux bordures de la ville, une masse sombre se dressait telle une muraille et la balafrée comprit rapidement qu'il s'agissait d'une forêt ... D'une très vieille forêt vu les chênes imposants !
 
La jeune femme resta longuement perplexe. Comment une telle floraison avait pu éclore aussi soudainement ? Un sentiment de malaise, d'angoisse profonde la saisit aux tripes et elle regarda aux alentours pour s'assurer que personne ne les observait.
 
Yann ne paraissait pas plus rassuré qu'elle. Il jetait lui aussi des coups d'½il derrière son épaule et l'ensemble de son corps se tendait d'effroi. Le jeune homme se frottait les mains, devenues moites à cause de l'agitation.
 
Le connaissant parfaitement, la blonde sut tout de suite que son esprit réfléchissait à plein régime pour tenter de trouver une explication rationnelle à ce phénomène. Il devait même s'imaginer la fin du monde ou une toute autre ânerie. Il ne se caractérisait pas vraiment par son courage. Elle l'attendit tout de même et lui posa discrètement la main dans le dos quand il arriva à sa hauteur. Etrangement, il se détendit quelque peu.
 
La défigurée ne tarda pas à s'y retrouver. Elle venait de distinguer les rames de métro et reconnut les bâtiments qui l'avaient accompagnée jusqu'à ses six ans. Ils se situaient non loin de la station Léon Blum. En face, elle reconnut même les restes d'une boulangerie qu'elle affectionnait particulièrement.
 
Soudain, une cloche tinta plusieurs fois et le métro, reconnaissable par sa couleur bleu ciel, passa devant eux à une vitesse fulgurante, agitant les robes des adolescentes. Hallucinés, ils constatèrent qu'il était vide mais il continua sa course sous la mélodie du carillon.
 
Shinobu, ahurie, cessa enfin de pleurer mais ses reniflements inquiets continuèrent de transpercer le silence lugubre. En effet, rien n'indiquait la présence d'autres survivants, aucun bruit ne se faisait entendre, aucun animal n'avait laissé d'empreintes. Et cela inquiétait grandement le couple, seule l'asiatique semblait ne rien remarquer.
 
Elle s'essuyait, encore une fois le nez et les yeux, dans le fol espoir que ses larmes ne gèleraient pas.
 
« Comment vous êtes-vous rencontrés ? demanda-t-elle aussi soudainement qu'était apparu le métro. »
 
La balafrée, exaspérée, leva les yeux au ciel, tirant doucement vers les ténèbres. Les ruines de la ville les entouraient, il faisait un froid de canard et cette cruche voulait savoir comment leur relation avait débuté !
 
« Au marché, répondit-elle mécaniquement. 
-       Elle avait tenté de voler le portefeuille de Père ! précisa l'aristocrate.
-       J'ai d'ailleurs parfaitement réussi !
-       Tous mes gardes du corps te sont tombés dessus !
-       Bien sûr, je t'ai mis une dérouillée puisque tu tentais de m'arrêter ! Je me souviens, je t'ai cassé le nez !
-       Et une dent ! ajouta-il, amusé par le souvenir. Mais j'ai récupéré l'argent. Je me rappelle qu'on se battait comme des chiffonniers, tu hurlais comme une folle. Si tu avais pu, tu m'aurais sans doute tué !
-       Certainement ! »
 
Ashley remarqua que la cadette esquissait une grimace de dégoût. L'image romantique forgée dans son esprit obtus s'effondrait lamentablement. Elle lança un regard noir à son aînée comme si tout ce désastre lui revenait. La rage déformait ses traits fins et réguliers.
 
« Et après, bégaya-t-elle à cause de la fureur, vous êtes tombés amoureux l'un de l'autre ? Comme ça ?
-       Oh non ! s'écria la blonde, le Comte de Mont-Saint-Aignan m'a traînée jusqu'à l'orphelinat ...
-       Tu l'as mordu au moins une dizaine de fois ! Il a encore les marques ... Ou du moins, il les avait .... »
 
Un silence de plomb s'installa au sein du trio. Les mots donnaient soudain vie à la tragédie qui avait eu lieu. Rouen gisait en ruine, il n'en restait rien. Des personnes qu'ils avaient connues, aimées, y avait-il des survivants ?
 
Ashley, sans ressentir aucune tristesse, se rendait compte de la déchirure qui étreignait les deux autres. Les larmes recommencèrent à rouler sur les joues pâles de la cadette et son petit ami tremblait à nouveau. Les souvenirs devaient déferler dans leurs esprits, des visages souriants, des yeux plissés à cause du rire, des moments d'intimité partagés ...
 
Elle ne connaissait rien de tout cela. De sa mère, elle ne se rappelait que sa chevelure blonde et son cri déchirant avant sa mort. Pour l'orphelinat, elle ne ressentait que de la haine. On l'avait humilié, battu, accablé...
 
Non, cette catastrophe ne la touchait aucunement. Elle se demanda si c'était réellement normal. N'obtenant pas de réponse, elle décida qu'elle y penserait plus tard.
 
« Qu'a dit Mama ? reprit Shinobu, d'un ton trop enjoué. Elle ne voulait penser à rien de tout cela.
-       Elle était folle de rage, tu te doutes bien ! J'ai bien cru qu'elle allait me tuer ... C'était son fantasme, je crois. Je n'ai jamais vu quelqu'un me haïr autant ... Pourtant, il en existe des personnes qui me détestent ! Comme punition, j'ai été contrainte de travailler pour le Comte ...
-      Je m'en souviens ! coupa l'asiatique, excitée par le souvenir, tu n'arrêtais pas de fuguer ou de voler les objets du manoir ! Mama enrageait ! Elle a même essayé de te noyer dans les toilettes. Après, elle a écopé d'un blâme ... ça ne t'a pas empêchée de continuer ton trafic.
-      C'était l'enfer à la maison, grinça Yann, une fois, elle a monté l'ensemble des domestiques contre Père. Ils ont fait grève pendant plus de trois heures ... Jusqu'à ce qu'il la fasse fouetter jusqu'au sang !
-      Une chance que le Comte ne t'ait jamais fait condamner ! commenta la brune, choquée par l'idiotie de se camarade de dortoir, tu serais morte sans aucun doute ! Pourquoi n'a-t-il rien fait d'ailleurs ?
-      Père n'appréciait pas le règlement mis en vigueur, marmonna l'aristocrate désormais déchu de ses droits, et puis, Marlène la trouvait drôle.
-      Qui était Marlène ? La gouvernante ?
-      Ma belle-mère !
-      Oh Mon Dieu ! couina-t-elle, je suis navrée ! Alors, votre ... votre mère est morte ? De maladie ? »
 
Un court silence s'installa à nouveau. Le Gouvernement n'autorisait plus depuis longtemps les divorces. Une moue de tristesse s'installa sur le visage du jeune homme. Ashley vit immédiatement la brune rougir de honte mais comprit vite qu'elle se morfondait d'amour. Elle supposa même que si elle avait pu, Shinobu l'aurait embrassé.
 
La balafrée fronça les sourcils et se demanda si, normalement, la jalousie devrait lui dévorer les boyaux ? Comme elle n'éprouvait strictement aucun sentiment vis-à-vis de cette situation, elle se contenta de hausser les épaules en écoutant la réponse du châtain :
 
« Ouais, elle est morte quand j'étais jeune. La PR l'a tuée, la prostitution est proscrite par le Gouvernement. »
 
La cadette s'arrêta net en comprenant le sens de ces paroles. Le peu de couleurs présentes quittèrent instantanément ses joues rondes. La blonde imagina, amusée, que la cervelle de Shinobu courait sans doute à grande vitesse pour monter un nouveau fantasme.
 
« Vous ... Vous avez été adopté ? s'enquit-elle timidement.
-       Nan, Père et moi avons le même sang, je suis né hors mariage. Mais Marlène m'a chéri comme si j'étais son propre enfant. »
 
La candide japonaise devint carrément verte. Son petit rêve de bonheur se brisait avec fracas. Yann ne possédait rien d'un aristocrate ... Ce n'était qu'un vulgaire bâtard ! Pourtant, elle ne put s'empêcher de rougir quand il lui lança un sourire d'excuse, un sourire que même Ashley appréciait.
 
L'indécision se lisait sur le visage de la cadette et elle bredouilla, décidée à détourner le sujet de la conversation devenu fâcheux :
 
« Et ... et après ?
-       On n'arrêtait pas de se battre, répondit simplement le jeune homme, à chaque fois qu'on se retrouvait dans la même pièce, on se tapait dessus jusqu'à ce qu'on tombe de fatigue ! Je n'ai jamais eu autant de bleus qu'à cette période de ma vie ! Ashley est une vraie sauvageonne ! Et puis un jour, on a couché ensemble ...
-      Quoi ? coupa la brune, comme ça ? Sans raisons valables ?
-      Ouais ... »
 
L'adolescente, perplexe, fronça les sourcils. Bien entendu, elle connaissait beaucoup de romans à l'eau de rose qui débutaient par deux personnages se détestant pour mieux s'aimer mais un élément clef venait généralement tout changer. Elle savait que la vie ne se comparait pas à un roman mais tout de même ! Elle ne comprenait pas comment deux personnes qui se haïssaient pouvaient finalement avoir des rapports sexuels, réguliers qui plus est !
 
Yann, gêné, se tripotait les mains et se dandinait, ce qui lui donnait un air enfantin et coupable. Il jeta un regard suppliant à Ashley qui l'ignora royalement.
 
« Je ne comprends pas ! s'exclama l'asiatique, pourquoi ? Aussi soudainement ?
-       Ce qu'il refuse de te dire, trancha la blonde, exaspérée, c'est qu'à dix-sept ans, il était le seul de son groupe à être puceau ...
-       Aucune fille ne m'intéressait vraiment, je devais déjà être amoureux de toi, marmonna-t-il, essayant d'interrompre cette conversation déplaisante.
-       Tu es surtout un crétin orgueilleux ! grogna-t-elle, bref, comme il avait honte, il est venu me chercher ...
-       Il t'a fait la cour ? s'extasia la romantique.
-       La cour ? renifla la balafrée, non, pas vraiment, il m'a payée ...
-       Pardon ? »
 
Shinobu écarquilla les yeux, horrifiée par ce qu'elle venait d'entendre. Décidément, elle allait d'horreur en horreur. Un cauchemar, cela ne pouvait être que cela !
 
Soudain la colère la fit devenir rougir de rage et elle bafouilla :
 
« Vous l'avez payée pour coucher avec vous ?! Alors que beaucoup de filles, bien mieux qu'elle, vous tournaient sans aucun doute autour !
-       C'est bien ce que je disais, tenta-t-il de s'expliquer, je devais déjà ...
-       Non, hurla-t-elle, aucun garçon sensé ne tomberait amoureux d'une fille aussi laide, grosse et vulgaire qu'Ashley ! ».
 
Le silence que déclencha cette déclaration ne dura pas longtemps. Le rouge monta aux joues de la balafrée et elle voulut se ruer vers sa cadette mais déjà, la brune fut saisie par Yann, le visage déformé par la colère. D'une intelligence devenue rare dans son système, il préférait nettement les mots aux gestes. Ses bagarres avec sa petite amie relevaient plus du jeu et de l'envie de plaire qu'autre chose. Quelques années plutôt, il n'avait trouvé que cette solution, peu glorieuse certes, pour attirer son attention.
 
Cependant l'amour qu'il lui portait demeurait profond, cela, la défigurée le savait parfaitement. Par conséquent, il supportait peu les critiques la blessant. N'éprouvant toujours rien fasse à ce déploiement de sentiments, elle se demanda à nouveau si elle ressemblait au commun des mortels.
 
Les yeux du jeune homme flamboyaient de colère et il serrait si fort la benjamine qu'elle poussa un cri de douleur et de terreur. Il finit par gronder, sous le regard apeuré de l'adolescente :
 
« Des qualités, Ashley en possède... Et sûrement bien plus que toi ! »
 
Le monstre en doutait fortement, que pouvait-on lui envier ? Pas son physique, en tout cas ... Ou du moins, Shinobu ne pouvait décemment pas lui jalouser son corps, elle qui comptait tous les attributs pour plaire. Tout le monde aimait la japonaise, aussi bien pour son apparence que pour ses manières douces mais très hypocrites et parfaitement calculées. En fait, elle excellait dans l'art de la manipulation et Ashley se réjouit de ne pas posséder cette faculté, trop lâche à son goût.
 
Passant du blanc au rouge, la cadette reprit des couleurs et son orgueil blessé revint à la charge. Elle admirait cet homme mais elle restait une enfant gâtée, elle ne se laisserait pas marcher sur les pieds sans réagir, surtout par un bâtard !
 
« Des qualités ? siffla-t-elle, j'aimerais bien savoir lesquelles ! Je ne vois qu'une fille obèse, défigurée par une mère qui l'a abhorrée, d'une bêtise frôlant l'indécence et d'un égoïsme flagrant ! La seule fois où j'ai accepté de l'aider, elle m'a craché à la figure ! T'as aussi couché avec le doyen pour ne pas te faire crever comme Nelson ? »
 
La claque partit à une telle vitesse que les deux jeunes femmes sursautèrent en même temps. Même Yann parut surpris de son geste. Les yeux écarquillés, la joue droite rouge écrevisse, la brune retint un sanglot, personne ne l'avait jamais giflée et elle n'avait jamais ressenti un tel sentiment de honte.
 
« Je crois, marmonna-t-il, que tu ne devrais pas évoquer des choses dont tu ignores les tenants et aboutissants. Les relations d'Ashley et de sa mère font parties de ce domaine-là. Même moi, je ne m'y aventure pas. »
 
Seul le silence lui répondit. Aucune des deux n'osait vraiment l'interrompre. La brune, se tenant la joue, le regardait stupidement, la bouche entrouverte. La balafrée éprouva alors pour lui un sentiment de gratitude inégalé. Une vague de fierté se logea dans son c½ur, on prenait rarement sa défense, surtout au détriment de sa cadette.
 
« Des qualités, reprit le châtain, elle en compte. Elle est droite et juste. J'aime son sourire franc, ses chevilles et sa chevelure en bataille. Si elle n'est pas à ton goût, tant mieux, cela fait de la concurrence en moins ! Je te prierais donc de modérer tes propos en ma présence. »
 
La rage quitta peu à peu ses traits. Il lança même un clin d'½il à sa petite amie lui faisant clairement comprendre qu'il souhait au moins un baiser après une telle déclaration. La défigurée se contenta de lui adresser une grimace de dégoût, elle n'appréciait que modérément cet excès d'amour finalement.
 
« Enfin, conclut-il, je doute qu'elle ait couché avec le doyen – ou du moins, je l'espère – il n'a simplement aucun droit sur elle. Elle m'appartient, je l'ai achetée l'année de ses dix-huit ans ! »
 
Il tira sa petite amie vers Shinobu puis il descendit un peu plus son décolleté, déjà profond, pour montrer une brûlure symbolisant son appartenance à l'héritier. En forme d'ellipse, la cicatrice ne s'étendait pas beaucoup et se voyait à peine mais se trouvait indéniablement là, représentant les armoiries du Comte de Mont-Saint-Aignan.
 
Ahurie, l'asiatique la fixa avec des grands yeux puis, brusquement, elle fondit en larmes en tombant à genoux.
 
« Bravo, Yann ! hurla Ashley, il ne manquait plus que ça ! Sérieux, parfois, je me questionne sur ta prétendue intelligence et ta prétendue galanterie !
-       Ne me touche pas ! brailla l'adolescente quand la balafrée tenta de l'aider à se relever. »
 
Ses sanglots déchiraient la nuit, tombée depuis peu. Elle n'en revenait tout simplement pas ! Qu'une fille comme ce monstre ait pu être achetée la dépassait complètement. Qu'un homme comme Yann sorte avec elle la surprenait déjà... Mais qu'il l'acquiert !
 
Dans une société d'hyper consommation, tout se vendait, du gros sel aux vêtements en passant par la servante du coin. Généralement, les grosses entreprises ou les riches s'emparaient des plus jolis spécimens – hommes ou femmes – pour leur plaisir personnel. Les maisons closes raffolaient de ses pratiques et détenaient une forte part de ce marché.
 
Toutes les orphelines rêvaient qu'un prince, surgi de nulle part, décide de les sortir de leur misère. Et Shinobu n'échappait pas à la règle et avait prié pour que l'aristocrate vienne la chercher.
 
Entre cela et la très certaine mort de toute la population rouennaise, l'émotion devint trop forte et ses larmes redoublèrent, rompant le silence funèbre. Son maquillage laissa à nouveau d'énormes traces noires sur ses joues pâles, ses yeux se transformèrent en fentes rouges et ses paroles se muèrent en gargouillements incompréhensibles.
 
Et si je fume, c'est pour tes beaux yeux irrités. Et si je hurle,c'est pour que tu viennes me chercher
 
 
Le feu crépitait joyeusement en réchauffant les pieds dodus d'Ashley. Son regard fixait les flammes et ses doigts jouaient avec la tignasse de son petit ami endormi sur ses genoux. La tête posée contre le ventre de l'aristocrate, Shinobu ronflait doucement, sans doute encore sous le choc des évènements.
 
Ils avaient trouvé un immeuble pour s'abriter de la nuit et du froid. Avec les moyens du bord, ils avaient allumé un petit brasier et tentaient de l'entretenir du mieux possible. Son ventre gronda, brisant le silence funèbre de la nuit. La faim la tiraillait mais elle la préférait à un empoisonnement dû aux plantes qu'elle ne connaissait pas.
 
La douceur des cheveux la fit sourire et elle huma avec délice le parfum qui en émanait. D'un geste impatient, elle lui perça un bouton le faisant ainsi râler dans son sommeil sans qu'il ne se retourne pour autant.
 
Une étincelle jaillit et elle la suivit du regard, les yeux dans le vague. Pour elle aussi, le choc se faisait ressentir. Dire que quelques heures auparavant, elle se trouvait dans les cryptes de la cathédrale avec des drogués, des pédophiles et des prostitués dans l'espoir de sauver Nelson. Et désormais, il ne restait rien dudit bâtiment. Cela la médusait ! L'idée même qu'elle ne verrait sans doute plus jamais Mama la déroutait.
 
Mais cela ne répondait aucunement à sa question principale : que s'était-il passé ?
 
Quelques hypothèses lui traversaient bien l'esprit mais rien de vraiment envisageable. La plus probable restait la bombe atomique... très certainement améliorée par lui. La flore relevait sans aucun doute des effets secondaires. Mais pourquoi une bombe ? Qu'avaient donc fait les dirigeants de Rouen ? Avaient-ils tenté de le trahir ? De le tuer ? Avait-il découvert l'existence du groupe ? Elle en doutait, les bordels de Rouen ne le dissimulaient que trop bien.
 
Ou alors, il fallait simplement tester une nouvelle arme de destruction massive et il avait choisi une ville parmi tant d'autres. Un manque de chance en soi ? Cette idée la rendait folle de rage, tant de morts pour rien, pour son petit plaisir personnel !
 
Cependant si eux vivaient encore, il devait bien en exister d'autres. N'importe qui, elle s'en fichait pas mal mais au moins quelqu'un. Jusqu'où s'étendaient les dégâts ? Sur combien de kilomètres ?
 
Fatiguée, elle observa le petit appartement dans lequel ils avaient élu domicile pour la nuit. Situé au rez-de-chaussée d'un HLM délabré, sa petite taille leurs assurait une tranquillité et une sécurité, normalement, parfaite. Les rayons de la lune passaient difficilement à travers de la crasse des fenêtres et la poussière blanche recouvrait le plancher moisi.
 
Couchés à même le sol, Yann et Shinobu commençaient à être recouverts de saletés et diverses bestioles, inconnus de la balafrée, leur grimpaient dessus. Atterrée, elle dévisagea une grosse libellule rose pâle à six ailes bleu électrique. Sa trompe parcourait doucement le cou de l'asiatique et ses dix pattes se plantèrent rapidement dans sa peau pâle créant des petites auréoles rouges. D'un geste précis, la blonde l'arracha de la gorge de sa cadette.
 
Au plafond volaient de tous petits moustiques jaune fluo possédant des yeux dix fois plus gros que leurs corps. Cela leur donnait un air loufoque et pourtant particulièrement effrayant dans la nuit. En face d'Ashley, une limace d'environ deux mètres, de couleur sombre, grimpait le long du mur dans un bruit de succion effroyable. L'estropiée sursauta quand la bête tomba au sol dans un bruit sourd.
 
Elle trembla tant et si bien qu'elle finit par réveiller son petit ami.
 
« Qu'est-ce qu'il y a ? grogna-t-il, le regard embrumé par le sommeil. »
 
Surprise, elle sentit son sang se glacer et quitter son visage qui se ferma immédiatement. Elle haussa les épaules en marmonnant des paroles incompréhensibles.
 
Le jeune homme se redressa, se frotta les yeux avec un petit sourire amusé. La connaître autant lui plaisait énormément, il prévoyait chacune de ses réactions et il aimait résoudre les problèmes qu'elle ne voulait pas laisser entrevoir.
 
Sachant que l'attaquer de front ne l'aiderait en rien, il se contenta de la serrer contre lui, de lui caresser le dos et ils se couchèrent blottis l'un contre l'autre.
 



 
Et si je fume, c'est pour tes beaux yeux irrités. Et si je hurle,c'est pour que tu viennes me chercher
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Tags : Chapitre 2 Partie 1

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