L'argent n'a pas d'odeur, l'argent n'a pas de coeur, il ne faut jamais avoir peur, quand on rêve d'une vie meilleure

L'argent n'a pas d'odeur, l'argent n'a pas de coeur, il ne faut jamais avoir peur, quand on rêve d'une vie meilleure
 
Titre : L'illustre

Auteur : Moe

Béta-lecteur : Nut's

Genre : Heroic Fantasy

Raiting : [18+]

Disclaimer : L'ensemble de l'½uvre m'appartient, je pense qu'il est inutile de le préciser. Comme tous, je suis contre le plagiat. Si vous voulez réutiliser un de mes personnages, demandez-le-moi d'abord.

Photo : Zhang Ziyi
 
L'argent n'a pas d'odeur, l'argent n'a pas de coeur, il ne faut jamais avoir peur, quand on rêve d'une vie meilleure
L'argent n'a pas d'odeur, l'argent n'a pas de coeur, il ne faut jamais avoir peur, quand on rêve d'une vie meilleure

 
L'argent n'a pas d'odeur, l'argent n'a pas de coeur, il ne faut jamais avoir peur, quand on rêve d'une vie meilleure
 
En vélo, Shinobu dévalait la rue Jeanne d'Arc, ses cheveux sales volaient gracieusement au vent. A ses côtés, Ashley zigzaguait entre les piétons avec son skateboard. Malgré sa masse corporelle conséquente, elle se déplaçait avec une étonnante facilité.
 
Nonobstant les nombreux bombardements qu'elle avait subis, la ville aux cent clochers marquait les esprits grâce à sa beauté d'un autre âge. Rouen s'étendait sur plusieurs collines et se voyait traversée par la Seine, bien moins polluée que sur Paris. Il ne se trouvait pas rare que des mendiants ou des enfants affamés y pêchent même si les poissons, quasi-inexistants, possédaient une taille ridicule et un goût immonde. On ne comptait d'ailleurs plus le nombre d'intoxications alimentaires dûes à cette pratique.
 
La rive gauche se composait essentiellement de ghettos insalubres où la vermine française prenait un malin plaisir à installer des bordels. L'unique chose intéressante de cette rive, le jardin des plantes, avait été incendiée l'année précédente. Encore l'½uvre des nuisances à la société selon Penny.
 
Par contre, la rive droite regorgeait d'activités et de nombreux artistes y avaient résidé : Corneille, Coustel, Leblanc et bien d'autres. Aujourd'hui encore, la fine fleur française venait se ressourcer à Rouen pour échapper à la pollution incessante de la capitale.
 
Cette partie de la ville comportait de nombreux bâtiments médiévaux qui lui donnaient tout son charme. Chaque dimanche, les enfants de l'orphelinat allaient prier dans la majestueuse cathédrale Notre-Dame. Une fois, ils avaient même pu écouter l'orgue de l'Abbatiale de Saint-Ouen. Il y faisait un froid insoutenable mais tous avaient été impressionnés par l'imposant instrument.
 
Shinobu affectionnait visiter les nombreux musées, les bibliothèques et surtout les milliers de petits magasins sombres et mystérieux qui demeuraient dans l'Athènes du genre gothique. Elle ne pouvait rien y acheter, certes, mais elle adorait essayer les vêtements de luxe et les chaussures aux talons vertigineux. Elle déambulait alors dans les magasins sous l'½il attentif des vendeurs. Sa beauté innocente et son sourire charmeur les attendrissaient généralement et elle aimait y passer l'après-midi voire la soirée – elle se faisait aussi beaucoup draguer par des hommes plutôt louches.
 
Mais ce qu'elle préférait le plus restait le marché. Le plus grand avait bien entendu lieu place du Vieux Marché et seuls les piétons pouvaient y accéder. Situé à l'extrémité Ouest de la rue du Gros-Horloge, il se trouvait à une quinzaine de minutes de l'orphelinat. La place connaissait une forte renommée grâce à ses maisons à façades anciennes qui l'entouraient. De plus, Shinobu avait lu quelque part que Jeanne d'Arc y avait été brûlée vive mais l'édifice qui lui avait été dédié avait pris feu – encore l'½uvre des nuisances à la société.
 
Aujourd'hui, il ne restait que quelques cailloux, fossiles rappelant l'église Sainte-Jeanne-d'Arc détruite elle aussi. Du bâtiment qui avait jadis abrité les marchés, il ne restait rien. Cependant l'ambiance gardait toujours sa convivialité et les marchands se lançaient de joyeuses boutades. Les femmes, avec leurs robes multicolores, déambulaient entre les étales à la recherche du fruit ou légume parfait. Les hommes, souvent blasés, tripotaient leur chapeau haut-de-forme en négociant les prix.
 
Shinobu et Ashley, dans leurs uniformes miteux, passaient vite inaperçues mais demeuraient interdites par la beauté du spectacle.
 
La foule les empêcha de garder leurs moyens de transport et elles se contentèrent des paniers en osier que Mama leur avait donné. Très vite, la japonaise parcourut du regard les alentours pour tenter de repérer l'homme qui faisait battre son c½ur. Du coup, elle ne faisait pas attention à ce qu'elle mettait dans les corbeilles ni même au coût de tout cela, trop heureuse de dépenser de l'argent même s'il ne lui appartenait pas – cela n'arrivait pas souvent.
 
Ashley, muette comme une carpe, la surveillait attentivement pour éviter qu'elle ne se fasse agresser. Si elle ne revenait pas avec l'asiatique, la nonne la tuerait avec sa tige de bambou.
 
Brusquement, des explosions se firent entendre et la blonde se retourna pour voir d'où cela venait. Elle fut déçue de constater qu'il ne s'agissait que de gamins munis de petits pétards. Au moment où elle se tournait de nouveau vers la brune, un clochard traversa son champ de vision et sauta au cou de l'autre adolescente. Ses mains crasseuses s'enroulèrent autour de sa gorge pour l'étrangler et il se mit à la secouer violemment.
 
« La fin du monde ! brailla-t-il, salope, c'est la fin du monde ! À cause de bâtardes comme toi, pétasse ! »
 
La vision de la cadette se troublait déjà et elle paniqua en constatant qu'elle n'arrivait plus à respirer. Les larmes coulèrent naturellement de ses yeux et obscurcirent sa vision. Elle lâcha son cabas afin de frapper l'homme, pour tenter de se dégager et de reprendre de l'air. Les ½ufs se fracassèrent au sol, les tomates roulèrent sous les pieds de passants et le poisson atterrit dans un bruit sourd mais rien ne le fit lâcher la jeune femme.
 
Ashley n'hésita pas un seul instant et lui attrapa brutalement les cheveux. A tâtons, elle lui enfonça les ongles dans les quinquets dans l'espoir de les lui crever. Elle sentit rapidement le liquide chaud couler le long de ses doigts et l'homme hurla de douleur en lâchant Shinobu. Cette dernière s'écroula au sol et suffoqua longtemps avant de retrouver sa respiration. Déjà, des marques violacées apparaissaient sur sa chair. Choquée, elle constata que tout le monde les ignorait royalement et elle se prit même un coup d'ombrelle parce qu'elle gênait le passage.
 
La blonde relâcha enfin le mendiant qui tomba face contre terre. Sans perdre de temps, elle sortit un fin poignard de sous sa robe et se rua sur l'homme pour lui trancher la gorge avec un plaisir non dissimulé. Une risette tordue et crispée déformait son visage et la japonaise pria pour ne jamais la revoir sourire.
 
« Ashley, non ! s'étrangla la brune. »
 
Le laideron n'entendit même pas ses supplications et s'apprêta à planter son arme dans la carotide du mendiant sans une once de remords. Elle fut cependant retenue par quelqu'un qui se décidait enfin à intervenir. La personne la tira sauvagement en arrière et, dans un cri de surprise, elle laissa échapper sa lame qui se s'écrasa au sol.
 
« Allons, dit l'étranger d'une voix joyeuse, ça ne se fait pas de tuer un pauvre vieux fou désormais aveugle ! »
 
L'asiatique se redressa instinctivement. Il se trouvait là, devant elle. Son gentleman venait de les sauver – enfin, de sauver le clochard - d'une fin tragique. Il serrait bestialement Ashley contre son torse sec sans pouvoir s'empêcher de rigoler – qu'aurait donné l'amoureuse pour être à la place de sa camarade de dortoir ! L'ainée se débattait comme un beau diable mais cela ne servait qu'à raffermir la prise du jeune homme.
 
Un sourire béat vint éclairer les lèvres de l'adulatrice. Pour elle, deux mots suffisaient à le décrire : divinement beau ! Son haut-de-forme recouvert de velours pourpre cachait sa tignasse couleur souris. Sous sa jaquette de même couleur, il portait une ample chemise blanche. Son pantalon dessinait à merveille ses longues jambes et ses chaussures, simples mais sûrement hors de prix, étincelaient au soleil.
 
Du haut de son mètre quatre-vingt, il jeta un regard à l'adolescente toujours au sol. Dieu, qu'elle le trouvait magnifique ! Tout en lui inspirait le respect, ses manières endimanchées, sa chevelure en bataille savamment présentée, ses gigantesques jambes. Elle ne voyait rien de son corps mais l'imaginait imberbe – un gentlemen ne pouvait avoir de poils – et finement musclé. Quel sport honorifique pratiquait-il ? L'équitation ?
 
Son léger accent de normand lui faisait tourner la tête et elle le devinait très cultivé. Il devait sans aucun doute lire beaucoup, tout comme elle. Shinobu se plaisait à croire qu'il dévorait des livres romantiques tel Le rouge et le Noir ou Notre-dame-de-Paris. Ou préférait-il peut-être des auteurs comme Rimbaud ou Baudelaire ?
 
Persuadée qu'il pratiquait la musique à la perfection, l'adolescente rêvassait aux sublimes ballades – au piano ou même au violon – qu'il lui composerait. Toujours comme elle, il devait chérir la musique classique et détester ces nouveaux musiciens qui pratiquaient le rock ou la pop.
 
Amusé par l'agressivité de la défigurée, le dandy éclata à nouveau de rire. Ce son cristallin donna d'étranges frissons à l'asiatique. Ses poils se dressèrent sur sa peau sous l'effet de la chair de poule.
 
L'aristocrate lança enfin un sourire charmeur à la brune, découvrant ainsi des dents pas très droites ni même très blanches mais qu'elle ne pouvait s'empêcher de trouver magnifiques.
 
Tout chez lui suscitait  son admiration, il représentait la beauté brute.
 
« Et bien, quelle furie ! gloussa-t-il en plissant ses yeux verts.
-       Lâchez-moi ! s'égosilla la blonde.
-       Calme-toi, d'abord et promets-moi de ne pas étriper ce pauvre fou !
-       Ne me tutoyez pas, connard ! »
 
Un fou rire parcourut son corps svelte et il fut contraint de la lâcher. Elle se précipita aussitôt vers la victime pour l'aider à se relever. Vacillante, l'asiatique se cramponna au laideron pour ne pas tomber puis elle se tourna vers le jeune homme en lui tendant la main.
 
« Je suis Shinobu, se présenta-t-elle, et voici Ashley. Nous vous remercions infiniment pour l'aide que vous nous avez apportée.
-       C'est plutôt ce gueux que j'ai aidé, répondit-il avec un rictus narquois, je suis honoré de rencontrer deux jeunes demoiselles si belles. »
 
Il saisit légèrement la menotte que l'adolescente lui tendait et y déposa un baisemain délicat. Puis il se tourna vers la défigurée, très certainement pour lui accorder le même honneur, mais la jeune femme le fusilla du regard et il s'abstint, il tenait à ses dents.
 
« Je me présente, poursuivit-il, Martin de Châtillon, pour vous servir ! »
 
Avec galanterie, il ramassa un des paniers et le remplit à nouveau avec les produits encore utilisables.
 
« Puis-je vous proposer de vous accompagner ? Et si vous n'avez pas assez d'argent, je me ferais un plaisir de racheter ce que cet importun vous a fait perdre ! »
 
Il saisit le bras de l'adulatrice et la tira à sa suite. Exaspérée, le monstre ne put que suivre.
 
L'argent n'a pas d'odeur, l'argent n'a pas de coeur, il ne faut jamais avoir peur, quand on rêve d'une vie meilleure
 
 
Les cheveux fraichement lavés, Shinobu tenait compagnie à Mama. La vieille nonne tricotait une écharpe d'une horrible couleur, persuadée que cela irait à merveille à l'adolescente. Bien que la religieuse bavassait de sa voix gutturale, l'asiatique ne l'écoutait absolument pas.
 
Ses pensées revenaient sans arrêt à Martin, quel homme merveilleux ! Quel beau garçon ! Il n'avait cessé de faire la conversation et même les grognements d'Ashley n'avaient su le décourager. De plus, sa galanterie hors norme la médusait, il avait porté les deux paniers tout le long des courses et avait absolument tenu à complimenter les deux jeunes femmes sur n'importe quoi.
 
De cet après-midi, elle avait découvert que la défigurée ne brillait pas par son amabilité et sa gentillesse. Elle ne s'était sentie soulagée que lorsque le jeune homme avait filé dans la foule de la rue du Gros-Horloge. Et encore, elle avait pesté à chaque fois que la brune prononçait le prénom de l'aristocrate.
 
En somme, elle la détestait !
 
La grosse pendule de l'orphelinat sonna vingt-trois heures et, un sourire de fierté aux lèvres, Shinobu sut que tous les enfants dormaient, sauf elle ! Elle adorait être l'enfant chéri. Même cette monstruosité d'Ashley roupillait à poing fermé.
 
Faute d'électricité dans le couloir, des bougies de différentes tailles l'éclairaient. La lumière restait cependant insuffisante et la pénombre englobait une bonne partie du corridor. Au loin, une fenêtre claqua violemment et l'adolescente se mit à angoisser et à transpirer dans son épaisse robe bleue qui moulait à merveille sa petite poitrine. Elle se rendit brusquement compte de ce qu'elle faisait.
 
Nelson devait mourir d'ici peu et finirait très certainement en enfer pour ses crimes passés puisque finalement il représentait Dieu dans ce bas monde misérable. Par conséquent, le métis s'opposait à Dieu même, non ?
 
Mais pour la jouvencelle, il restait un gamin de quinze ans malheureux et donc plein de haine. Il ne méritait, par conséquent, pas un tel châtiment, elle ne reviendrait pas sur cette conviction. En restant avec Mama, qui le surveillait pour éviter qu'il ne fuît sa punition, elle se faisait en quelque sorte complice du meurtre de ce môme. Et cela heurter considérablement la morale de la jeune femme.
 
« Shinobu ! »
 
Le murmure la surprit brutalement et elle se tourna vivement vers la porte d'où il provenait. Peu épais, le bois dont elle était faite noircissait depuis de nombreuses années. Elle en avait vu des adolescents condamnés à mort et en verrait sans doute d'autres.
 
Penny, encore, affirmait que de l'autre côté du battant, on pouvait y contempler des rayures qui avaient, très certainement, mutilé les doigts des enfants. Il resterait même une énorme tâche de sang sur la moquette vert pâle.
 
« Shinobu ! »
 
Le chuchotement devenait plus perceptible et l'interpellée gigota maladroitement sur sa chaise.
 
« Il ... Il a dit mon nom, non ? bégaya-t-elle
-       Non, répondit platement Mama.
-       Shinobu ! répéta à nouveau le condamné.
-       Mais si ! s'égosilla la japonaise. Vous l'entendez bien pourtant ! Oh, Mama, laissez-moi le voir s'il-vous-plait ! Il a peut-être quelque chose d'important à me dire.
-       Certainement pas ! garantit la vieille femme, dont la voix claqua, tu ne l'intéresses pas, crois-moi.
-       Comment pouvez-vous dire ça ? C'est son dernier jour et son dernier souhait. Mama, accordez-le-lui !
-       Ce qu'il veut, ce qu'il fait ne te regarde pas et ne regarde pas les jeunes filles bien élevées. Le saint directeur et la police l'ont condamné, il ne représente plus rien pour la société. Que le diable accueille son âme noircie par les pêchés ! »
 
La nonne décrépie lui jeta un regard perçant et la jouvencelle ne put que se ratatiner sur elle-même. La cadette la trouvait si stricte, si injuste ! Pauvre Nelson ! Blessée dans son orgueil, la demoiselle se détourna de la vieille femme et se mit à prier pour le salut de l'âme du métis. Si elle ne pouvait le voir, elle pouvait au moins l'écouter geindre jusqu'à ce qu'il s'endorme.
 
Au bout de plusieurs minutes, elle se rendit compte que les murmures s'espaçaient considérablement et des gémissements ainsi que des râles gutturaux se firent entendre.
 
La religieuse fronça les sourcils de mécontentement et marmonna le mot « inconcevable» de nombreuses fois.
 
Quand elle comprit ce que ces geignements signifiaient, Shinobu écarquilla ses grands yeux bleus, lourdement maquillés, et rougit jusqu'à la racine de ses cheveux. Oui, cela ne pouvait pas être plus inconvenant !
 
« Il se masturbe, couina l'adolescente, en pensant à moi ! »
 
Elle ne put approfondir plus longtemps ses réflexions car un nouveau craquement la  surprit et elle tressaillit à nouveau.
 
Mama s'écroula brusquement à ses pieds et seule la surprise l'empêcha de pousser un hoquet de terreur. A quelques pas de là se tenait Ashley, le regard fou et une matraque à la main. Pendant quelques secondes, la brune crut qu'elle allait la tuer en lui écrasant le crâne. Mais déjà la blonde se détournait d'elle et défonça la porte à coup de pied. Elle ne tarda d'ailleurs pas à sortir de ses gonds et à s'écrouler dans un vacarme assourdissant.
 
On faisait mieux pour la discrétion en matière d'évasion !
 
La plus jeune des deux voulu protester, hurler, appeler à l'aide mais la vision du métis l'arrêta net. De sa main gauche, il se cramponnait à son lit de camp et de l'autre, il caressait énergiquement son sexe durci. L'arrivé bestiale de la défigurée ne semblait pas l'avoir perturbé et il continuait son plaisir solitaire avec des soupirs plus que bruyants.
 
Non, décidément, la discrétion, ils ne connaissaient pas ! Etaient-ils complètement idiots ?
 
Toujours médusée par le spectacle, Shinobu nota, gênée, l'extrême plaisir de Nelson, notamment grâce à ses joues rouges, ses yeux fermés et la sueur qui dégoulinait le long de son cou. Son corps finit par se crisper et une giclée de sperme éclaboussa son pantalon beige qui reposait sur ses chevilles. Trop bruyamment, il prononça une dernière fois le nom de l'asiatique.
 
Puis, il se tourna enfin vers la porte et ne sembla nullement surpris de constater que l'objet de tous ses fantasmes avait assisté à ce spectacle répugnant. Ravi même, il lui lança un sourire aguicheur mais n'obtint comme réponse qu'une grimace.
 
« Allez puceau, railla le monstre, grouille-toi de t'habiller, on se barre ! »
 
Il ne se le fit pas dire deux fois, il se releva d'un bond et remonta son caleçon et son pantalon miteux sur ses jambes poilues. Déjà, des pas se faisaient entendre au détour d'un couloir. Nelson ne prit pas la peine de fermer sa braguette et courut vers Ashley qui l'attendait de pied ferme. En passant devant la brune, il susurra :
 
« J'aurais préféré te baiser pour de vrai ! »
 
L'être abject se détourna à jamais d'elle et disparut dans le labyrinthe de couloirs.
 
Shinobu eut enfin la présence d'esprit de hurler et s'y employa de la meilleure manière qu'elle put. Ce salaud venait carrément de la traiter de putain et elle escomptait qu'on lui explose le crâne ! Envolées les belles attentions !
 
Voyant que personnes n'arrivaient – que diable faisaient-ils ces crétins-là ? – elle se redressa tant bien que mal et se mit en tête de les rattraper. Si elle les dénonçait et les empêchait de fuir, on lui donnerait, en toute logique, une récompense. Peut-être même qu'un journaliste lui consacrerait un article dans un journal du coin. Et Martin, en homme cultivé, lisait forcément la presse. Il ne pourrait qu'être admiratif face à sa citoyenneté exemplaire – preuve évidente qu'elle ferait une épouse idéale.
 
Sans s'en rendre compte, elle s'était précipitée à la suite des deux autres en hurlant pour que les nonnes la rejoignent. L'alarme de l'orphelinat retentit bruyamment et les « petits » se réveillèrent aussitôt mais l'adolescente s'en moquait. Son unique but se résumait à rattraper ce bâtard vulgaire et à lui faire sauter la tête.
 
Aucun garçon ne pouvait la considérer comme une vulgaire putain à baiser !
 
Les murs blancs succédaient aux murs blancs sans relâche et l'asiatique pensa s'être trompée dans un des tournants. Elle ne les voyait plus, ne les entendait plus et elle ne semblait pas atteindre la sortie. Et personne ne leur courrait après. Cela la surprenait, Ashley avait-elle soudoyé l'ensemble du personnel? Cela ne l'étonnerait guère. Hormis Mama, tous n'obéissaient qu'à l'argent mais la défigurée n'en possédait pas !
 
L'alarme meurtrissait ses oreilles, ornées de trois trous chacune, et un poing de côté rendait déjà sa respiration difficile mais elle tint bon et finit par les voir à nouveau devant elle. A leur suite, elle dévala les escaliers métalliques en colimaçon, un bruit assourdissant s'en dégagea. Ils franchirent les lourdes portes de l'orphelinat sans que personne ne tente de les arrêter, personne ne se trouvait là d'ailleurs.
 
Shinobu haletait comme un chien et dépassa à son tour la sortie. Puis, ils dévalèrent l'avenue Jeanne d'Arc, dos à la Gare Rue Verte désormais en ruine. Les lumières de la ville, plongée dans le silence, ensorcelaient l'adolescente et elle se retint de ne pas s'arrêter pour admirer la vue qui s'offrait à elle. Cependant elle continua son chemin, passa devant les maisons à façades anciennes dont les lampes et les lanternes étincelaient.
 
Ashley et Nelson ressemblaient désormais à deux points minuscules dans le crépuscule tant elle se trouvait loin d'eux. Après quelques minutes de ligne droite, elle les vit tourner brusquement à gauche et dut accélérer pour ne pas les perdre de vue. Enfin, elle s'engagea à son tour dans la rue du Gros-Horloge.
 
Face à elle, le beffroi du Gros-Horloge, construit en 1389, se dressait, tour terrifiante aux allures de donjon. La somptueuse arche, qui le reliait directement à l'hôtel de ville, portait les faces latérales de l'énorme pendule dont l'aiguille se terminait par un agneau, symbole de la ville.
 
Elle dépassa l'arcade sans même accorder un regard aux gravures de l'agneau pascal et du Christ qui l'ornaient et manqua de tomber sur les pavés irréguliers. Son souffle toujours court et son poing de côté la malmenaient grandement. Elle arriva cependant jusqu'à la place de la cathédrale sans encombre... Pour finalement s'apercevoir qu'elle se trouvait seule.
 
La nuit tombée rendait l'atmosphère frisquet. L'adolescente se surprit à trembler et à claquer des dents. Encore une fois, les magasins vieillots l'entouraient mais ce soir-là, elle les trouva inquiétantes et ne put se retenir de frissonner de peur.
 
Qu'est-ce qui lui avait pris de courir après ses deux condamnés ? Allait-on la punir aussi ? Est-ce qu'on allait l'exécuter tout comme Nelson et très certainement Ashley ? Elle ne voulait pas mourir maintenant, Martin ne connaissait même pas ses forts sentiments !
 
Terrorisée, elle comprit qu'il lui fallait absolument prier pour se rassurer et pour se redonner bonne conscience. Il faudrait qu'elle aille se confesser, que le Père Pascal l'abolisse de ses pêchés commis et dès ce soir. Et quoi de mieux que la cathédrale pour prier ?
 
Fortement endommager pendant la seconde guerre mondiale, les travaux venaient juste de prendre fin, dix ans avaient été nécessaires à sa reconstruction. Les trois tours gigantesques retrouvaient leur splendeur d'antan et l'aiguille en fonte, que Flaubert décrivait comme une tentative extravagante de quelque chaudronnier en folie, se tenait toujours debout majestueusement.
 
Shinobu courut jusqu'à la porte du plus beau bâtiment de la ville et observa les motifs complexes dont elle se voyait gravée. Admirative, comme à chaque fois qu'elle venait, elle ne put s'empêcher de les contempler, la bouche entrouverte.
 
Après son moment d'absence, elle tira violemment sur les poignées et constata, consternée, qu'elle était close. Personne ne la fermait pourtant, elle avait toujours été ouverte aussi bien de nuit que de jour – comme il l'avait ordonné, en bon croyant qu'il était. Ahurie, elle frappa dessus dans l'espoir que quelqu'un lui ouvre. Elle devait prier, elle avait besoin de prier.
 
Elle tapait si fort qu'elle écorcha ses fines mains et s'arracha même un ongle – elle retint de justesse un hurlement – mais on finit par ouvrir une petite fenêtre. Encore plus confuse et le majeur droit en sang, elle découvrit un prête qu'elle ne connaissait pas.
 
Avec les cheveux en bataille et une barbe de plusieurs jours couvrant ses joues creuses, il ne ressemblait d'ailleurs en rien à un curé. Ses yeux injectés de sang la fixaient d'un regard froid et meurtrier.
 
« Quoi ? grogna-t-il.
-       Mon père ... Il ... Il faut que je prie ..., supplia-t-elle, une boule au ventre.
-       La cathéd'ale est fe'mée ce soi' ! 'venez demain !
-       Non, hurla-t-elle, je vous en conjure, j'en ai besoin !
-       Fe'mée ! répéta-t-il agressivement. »
 
Il claqua la vitre et le silence imposant revient. Désespérée, l'asiatique se laissa tomber à terre et pleura doucement. Qu'avait-elle donc fait ? Pouvait-on être aussi bête ? On ne courrait pas après deux condamnés quand on avait à peine dix-sept ans. Comment une telle idée avait bien pu lui traverser l'esprit ?
 
Malheureuse comme les pierres, elle prit appui sur la lourde porte et sursauta en remarquant qu'elle vibrait doucement. En collant son oreille contre elle, l'adolescente entendit des battements sourds qui ne pouvaient être que des basses. La cathédrale résonnait de musique et sûrement pas de ch½urs du choral. Pour la première fois de sa vie, elle découvrit une fête clandestine – Dieu, que cela devait être excitant !
 
D'abord complètement chamboulée – une jeune fille bien élevée n'allait pas dans une fête clandestine – elle se remit aussitôt à taper agressivement contre l'entrée.
 
« Quoi en'co ? brailla le prête en surgissant à nouveau par la lucarne.
-       Laissez-moi entrer mon Père, je vous en supplie ! Je ... Je connais Ashley, ajouta-t-elle avant qu'il ne lui claque à nouveau l'ouverture au nez.
-       Connais pas d'Ashley, marmonna-t-il d'une voix déjà moins assurée.
-       Menteur, cria l'adolescente, vous connaissez forcément le monstre. Si vous ne me laissez pas entrer, vous ... elle vous le fera payer très cher ! »
 
Mais qu'est-ce qu'elle racontait ? Qu'est-ce que pouvait bien faire cette grosse dinde de défigurée ? Sûrement beaucoup de choses apparemment, puisque le père, les yeux soudainement exorbités, lui ouvrit la porte qui grinça sur ses gonds.
 
D'abord abasourdie, elle se dépêcha de suivre le religieux bedonnant. Il se dirigeait directement vers les cryptes romanes qui s'étendaient sur des kilomètres sous la ville, véritable réseau où fourmillaient drogués, putains, alcooliques ... et accessoirement soirées interdites.
 
En haut des escaliers délabrés, l'homme dégarni s'arrêta et chuchota :
 
« Voilà, c'est en bas, tout au fond du couloi'. Y a pas de lante'nes, faudrait vous fier à vos aut' sens. Tenez, c'est obligatoi' ce soi' ! »
 
Il lui tendit un masque en plastique doré qu'elle s'empressa d'enfiler. Il ne cachait pas grand-chose mais elle s'en moquait du moment qu'on ne la reconnaissait pas.
 
« Et pensez à di' bonjou' à Dame Ashley, reprit le prêtre. »
 
Dame Ashley ? Elle lui faisait décidément horriblement peur.
 
L'adolescente descendit doucement dans les ténèbres et manqua plusieurs fois de s'étaler dans les escaliers. Les battements de la musique devinrent plus oppressants. En s'aidant des parois du corridor en pierres, elle avança lentement dans la pénombre et réussit à atteindre les tombeaux.
 
Gigantesque et remplie d'environ deux cents danseurs, la salle s'éclairait grâce à des flambeaux gigantesques. Des effluves d'encens et d'épices empestaient l'air déjà alourdi par la transpiration des nombreuses personnes présentes. La musique assourdissante crevait les tympans de l'asiatique.
 
Tous portaient des déguisements à beauté inégale. Emerveillée par ces costumes, elle ne s'aperçut pas que tous la regardaient plus ou moins amicalement, sûrement pas très ravis qu'on déroge à leurs règles. Elle divagua plusieurs minutes dans la foule dense, complètement charmée, jusqu'à ce qu'un homme la prenne par la taille et se décide à la faire valser au milieu de l'assistance.
 
Elle ne le connaissait pas, il fourrait ses mains sèches dans son épaisse chevelure noire mais elle s'en fichait. Dieu, quelle excitation ! Elle riait à gorge déployée et même la bouche baladeuse de son compagnon ne la fit pas redescendre. Elle s'enivrait de l'atmosphère électrique.
 
En tourbillonnant, elle reconnut la défigurée trop repérable avec sa monstrueuse balafre que son masque peinait à cacher. Elle portait une énorme robe ballon faite de plumes rouges qui dévoilait ses mollets fraîchement épilés. Quand avait-elle eut le temps de se changer ? La robe dénudait ses épaules, sa poitrine massive et son cou couvert de suçon aussi surprenant que cela puisse être.
 
Elle se déhanchait pendue au cou d'un jeune homme qui présentait un chapeau haut-de-forme garnit de plumes de couleurs vives. Ses grandes mains enserraient la taille du monstre et ne cessaient de la coller à lui.
 
Shinobu trouva le tableau particulièrement ridicule et éclata de rire. Son partenaire lui embrassait passionnément le cou et le haut de la poitrine lui laissant des marques rougeâtres sur sa peau blanchâtre.
 
Avant qu'il ne puisse attraper les lèvres de l'adolescente, on l'arracha à son étreinte et il se prit un coup violemment dans la tempe droite. L'asiatique voulut protester mais déjà Ashley l'entraînait au loin. Son déguisement ne servait décidément à rien ! Elle paraissait folle de rage sous son masque de plumes.
 
A ses côtés, se tenait son partenaire de danse, transpirant dans sa queue de pie flambant neuve.
 
Ils se trouvaient dans un autre couloir annexe faiblement éclairé par une ou deux torches. Un peu plus loin, ils entendirent au moins deux personnes s'envoyant en l'air bruyamment. Plus loin encore, un autre gémissait et quelqu'un vomissait tripes et boyaux.
 
La plus jeune retomba aussitôt sur terre, elle se trouvait dans un lieu insalubre où elle ne connaissait personne. Un monde peuplé de drogués, de putains et autres personnes peu fréquentables.
 
« Ce n'est pas la gamine du marché, Ashley ? soupira le jeune homme au chapeau plumé.»
 
Le c½ur de la brune ne fit qu'un tour et elle rougit de sa conduite idiote, des suçons qui ornaient son cou et sa poitrine.
 
« Martin, s'extasia-t-elle, est-ce vous ? »
 
Il releva son masque et elle reconnu immédiatement ses yeux verts en amande et son nez empâté. Il adressa un sourire goguenard à la blonde particulièrement énervée.
 
« Shinobu, siffla-t-elle en comprenant que la brune n'avait d'yeux que pour le jeune homme, que fais-tu là ?
-       Oh, glapit l'adolescente, je n'en sais trop rien. Je vous ai suivis ... D'ailleurs où est Nelson ? Bref, je vous ai suivis et j'ai atterri là, je ne sais trop comment. Mais quelle surprise de vous voir là, Martin ! »
 
Bien entendu, le fait qu'Ashley aille à ce genre de soirée ne l'étonnait absolument pas. Après tout, elle se dépravait sans vergogne. Mais que lui soit là et, de plus, qu'il danse avec elle, la consternait terriblement.
 
« Vous connaissez-vous ? s'enquit-elle soudain alarmée.
-       On peut dire ça comme ça, répondit l'aristocrate avec une moue merveilleusement adorable, est-ce une de tes amies, chou ?
-       Pas vraiment, non, répondit la blonde.
-       Je peux lui faire confiance et lui donner mon vrai prénom tout de même ? Si elle est là, elle est fiable non ? »
 
Shinobu tombait des nues. Martin ne s'appelait pas véritablement Martin et pire que tout, une relation étrange le liait effroyablement à la défigurée. Il venait de la surnommer « chou », non ?
 
Ashley haussa les épaules et il dit d'une voix charmeuse en s'inclinant bien bas :
 
« Bien, alors je suis Yann de Jubertines, héritier du domaine de Mont-Saint-Aignan, pour vous servir.
-       Et vous connaissez-vous ? demanda à nouveau la cadette, horrifiée par les idées qui lui venaient à l'esprit.
-       Elle est butée, n'est-ce pas chou ? C'est drôle ! reprit le dandy en se tournant vers Ashley et prit sa main pour y déposer un baiser, après quatre ans de relation intime, je suppose qu'on peut dire qu'on se connaît.
-       C'est ... votre petite amie ? bégaya la jouvencelle.
-       Putain conviendrait mieux comme terme ! gronda le monstre. »
 
Sentant les vertiges accourir, elle comprit qu'elle allait tomber ... Non, elle était tombée. Et personne ne s'en souciait, le couple se disputait, sûrement à cause de la réplique cinglante de la blonde, peu encline à mâcher ses mots.
 
Son monde s'écroulait ... Quel monde d'ailleurs ? Comment avait-elle pu croire qu'un mec qu'elle avait vu une dizaine de fois tout au plus, l'aimait ? Elle, une gamine sale d'un orphelinat miteux ? Comment lui, un jeune homme cultivé et riche, pourrait-il aimer une môme misérable ?
 
Le pire dans tout cela, c'est qu'il semblait transi d'amour pour Ashley, monstre obèse aux cheveux fins et aux yeux délavés. Comment s'étaient-ils rencontrés ? Et comment pouvait-elle s'échapper de la surveillance étroite de Mama pour le voir ? A moins que la nonne ne le savait elle-même et qu'elle ne la laisse sortir ? Non, sa droiture ne pouvait être qu'exemplaire. Et pourquoi lui avait-il donc donné une fausse identité à la base ? Alors, que là, il ne rechignait même pas à lui dévoiler son prénom ... Etait-ce son vrai prénom d'ailleurs ? Qu'est-ce qui le prouvait ?
 
Elle releva la tête pour le voir. Il se moquait allégrement de la défigurée et fit une moue boudeuse quand elle l'ignora royalement. Vexé, il passa sa main dans sa tignasse bouclée et rapporta son attention sur l'asiatique.
 
« Tu te sens mal ? demanda-t-il surpris de la voir à terre. »
 
Elle ne voulait plus qu'une chose : fondre en larmes. Mais une jeune fille digne de son nom ne pleurait pas et encore moins devant le sexe fort. Mama le lui disait tout le temps, dans l'espoir qu'elle trouve un mari digne de ce nom.
 
« Non, inventa-t-elle vaillamment, une secousse m'a fait tombée. »
 
Les deux autres haussèrent leurs sourcils à l'unisson, dubitatifs.
 
« Vous ne l'avez pas sentie ? ajouta la japonaise en tentant vainement de s'en sortir. »
 
Le monstre s'apprêtait à lui dire qu'il n'y avait pas de séisme en France quand un grondement terrifiant fit trembler les fondations de la cathédrale. Une ou deux pierres se détachèrent même du plafond. Effrayée, Shinobu glapit. Elle ne mentirait plus jamais et encore moins dans l'enceinte de Dieu.
 
Une seconde secousse ébranla le trio et la musique se tut aussitôt, l'électricité venait de sauter. Heureusement, il restait la lumière des flambeaux, faible sécurité.
 
« Il faut sortir de là ! ordonna Yann, en fronçant les sourcils, peu rassuré. »
 
Il souleva fermement la plus jeune et la remit sur pieds. Pendant ce temps, Ashley avait retiré ses talons pour courir plus vite.
 
« PR ! »
 
Le hurlement venait de déchirer le silence oppressant et le couple se regarda, chacun devenant blanc comme un linge. La réputation de la Police Rouennaise n'évoquait pas tendresse et douceur. Les exécutions, courantes, instauraient un climat de terreur et imposaient un semblant de paix.
 
« Quoi encore ? larmoya la brune, qu'est-ce que vous avez fait ? Où est Nelson ? Oh ! Qu'est-ce que ...
-       Plus tard, la coupa sèchement la blonde, et cours !»
 
Elle ne se le fit pas dire à nouveau, elle prit ses jambes à son cou, suivie du duo. Déjà, des cris et des coups de feu se faisaient entendre. La panique submergea la foule qui se dispersa alors dans les différents couloirs sombres.
 
Ils passèrent devant trois garçons, dont le plus jeune avait à peine douze ans, qui tentaient de se rhabiller le plus rapidement possible. Eux non plus ne voulaient pas croiser la PR.
 
Un poing de côté déchirait les côtes de l'asiatique et elle ne parvenait que difficilement à respirer. Ses joues devenaient rouges et elle manqua de tomber plusieurs fois mais Yann se trouvait toujours là pour la relever.
 
Elle ne savait pas depuis combien de temps ils couraient mais elle crut ne jamais atteindre une quelconque sortie. La lumière n'existait pratiquement plus cependant les braillements continuaient inlassablement et l'effroi lui tordait les boyaux. Elle pleurait sans pouvoir s'arrêter et dut s'accrocher au jeune homme pour ne pas s'effondrer. Il finit par lui tenir la main pour la guider au mieux.
 
Ashley cavalait un peu plus en avant, elle connaissait le mieux les cryptes pour y avoir joué durant toute son enfance. Comment et pourquoi, Shinobu ne savait pas et s'en fichait royalement. Elle ne se demandait même pas comment la grosse faisait pour galoper si vite.
 
Une nouvelle secousse les envoya tout les trois à terre. Sonnée, l'asiatique sentit Yann la remettre debout et la forcer à avancer. Son genou droit, meurtri, la mettait au supplice et une coupure barrait sa joue gauche. Sans parler de son ongle arraché.
 
Ils arrivèrent enfin dans le caveau contenant le tombeau de Richard C½ur de Lion que le public pouvait visiter à sa guise. Penser qu'on avait arraché son c½ur pour le mettre dans cette sépulture lui donnait envie de vomir.
 
La nécropole ne charmait pas par sa taille et la tombe prenait une bonne partie de la place. Entourée de six colonnes de pierres blanches, on avait sculpté les armoiries du roi d'Angleterre dessus. La cavité possédait deux fenêtres d'où filtrait la faible lumière de la lune.
 
Aucune issue n'existait.
 
« Un cul-de-sac ! pleurnicha la cadette. »
 
Elle aurait volontiers insulté la défigurée mais une nouvelle secousse la fit hurler. Et elle s'accrocha désespérément au jeune homme pas plus assuré qu'elle. Seule la blonde se releva au plus vite et courut vers une des fenêtres. Hésitante, elle escalada le mur de pierre et explosa la vitre avec son coude.
 
Folle à lier ! songea immédiatement Shinobu.
 
Elle venait de se couper profondément le coude et le sang coulait le long de son bras en tâchant sa belle robe. Puis, elle se laissa glisser à terre.
 
Le jeune noble se précipita vers sa petite amie et déchira sa queue de pie pour lui faire un pansement.
 
« Grouille-toi, grinça la blonde, tu me soigneras après ! Shinobu, tu passes en première !
-       Et si la PR nous attend là-haut ?
-       Aucune chance, ça donne sur la déchèterie de la cathédrale. Ça pue trop, aucun drogué, aucune putain ne va là. Et donc certainement pas la PR ! Allez, dépêche-toi ! »
 
Encore une fois, un tremblement de terre les jeta à terre et un bruit effroyable leur indiqua qu'une partie du tunnel venait de s'écrouler. Paniquée, l'asiatique escalada vaillamment la façade et s'appuya sur le rebord des carreaux pour se hisser hors du tombeau. Le verre écorcha ses mains et agrippa sa robe, la déchirant au passage et laissant voir ses longues jambes fines.
 
Elle sentit qu'on la poussait et elle tomba la tête la première dans une flaque d'eau. Effectivement, une odeur immonde se dégageait de ce coin sombre. Un grognement perça le silence macabre et elle se dépêcha d'aider Yann en le tirant comme elle put. Avec sa corpulence, Ashley eut un mal fou à passer par la fenêtre et elle y laissa une bonne partie de sa robe.
 
Pendant que le jeune homme confectionnait un nouveau bandage pour remplacer celui imbibé de sang de la défigurée, la brune regarda autour d'elle. Une dizaine de poubelles encombrait le local et dégageait une odeur nauséabonde.
 
Un nouveau grondement les fit valser et le jeune homme plaqua sa petite amie, plus que blanche, contre lui pour éviter qu'elle ne se fasse mal en tombant. Cette secousse fut immédiatement suivie par une seconde qui propulsa Shinobu contre le duo.
 
Au loin, ils entendirent des cris de panique et la ville semblait fortement éclairée malgré l'heure tardive. Il ne fallut pas longtemps à l'asiatique pour comprendre qu'il s'agissait d'un incendie et que la rive droite brûlait effroyablement. L'odeur lui montait au nez et elle crut qu'elle allait étouffer.
 
Toujours cramponnée au noble, qui tentait d'arrêter l'hémorragie du monstre, la cadette jeta un regard effaré autour d'elle. Mon Dieu, mais que se passait-il donc ? Comment pouvait-il y avoir des tremblements de terres en France ?
 
En baissant les yeux, elle vit les fissures traverser le sol et passer entre ses cuisses courbaturées. Paniquée, elle redressa vivement la tête et constata que la cathédrale jouissait du même traitement de faveur.
 
« Il ... Il faut partir de là, bégaya-t-elle, terrorisée, et vite fait ! Ashley ! Il faut se barrer et rentrer à l'orphelinat se mettre à l'abri. Mama trouvera ... »
 
Une secousse la coupa et elle hurla de frayeur en se cachant dans le dos du jeune homme. Un craquement sinistre l'étourdit et elle se voyait déjà faire un malaise.
 
« Yann ! hurla-t-elle, la tête toujours enfouie dans la queue de pie. »
 
L'aristocrate, bien que paniqué, attrapa Ashley par le bras et la força à se relever. L'asiatique ne se trompait pas, il devenait dangereux de rester là. Mais où pouvaient-ils bien aller ? L'orphelinat ne servirait à rien et il n'accepterait pas de livrer sa petite amie aux autorités pour qu'elle se fasse fusiller. La cathédrale ne valait pas mieux, elle tombait en ruine.
 
Une fois de plus, un ronflement suivi d'un choc le déconcentra. En un instant, une faille gigantesque s'ouvrit sous eux. Avec qu'ils ne comprenaient ce qu'ils leur arrivaient, ils furent engloutis avec la cathédrale Notre-Dame.
 
Shinobu poussa un dernier hurlement et ne put même pas prier pour un quelconque miracle.
 
 
 
L'argent n'a pas d'odeur, l'argent n'a pas de coeur, il ne faut jamais avoir peur, quand on rêve d'une vie meilleure
L'argent n'a pas d'odeur, l'argent n'a pas de coeur, il ne faut jamais avoir peur, quand on rêve d'une vie meilleure



 

Tags : Chapitre 1 Partie 2

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Comments :

  • fanfiction-pm

    28/05/2013

    oui par ce que je ne suis pas connecter avec ce blog
    oui je veux bien mais je commence a peine a lire

  • fanfiction-pm

    28/05/2013

    oui mais je ne laissse pas des coms a chaque chapitre mais plus quand j'en ai envie si un chapitre m'interpelle ou autre
    je n'oblige personne a m'accepter ce pendant je ne fais que des proposition

  • OpusEstScribere

    30/11/2012

    Bonsoir,
    Je t'annonce que j'ai publié un commentaire constructif sur ton prologue ainsi que ton premier chapitre dans le cadre du concours de UnMoi-UneHistoire.

    J'ai beaucoup aimé ton chapitre, et j'aimerai beaucoup être prévenue pour la suite, si ce n'est pas trop demandé ^^ !

  • Syn-contes

    17/07/2012

    Zut, j'ai continué de lire mais sans m'arrêter. Du coup je ne me souviens plusôù je m'en étais arr^été en com's! Zut et rezut.
    Ah sinon...la musique. D'habitude je ne les lis pas. Mais je ne sais pas là, j'ai envie d'écouter. Dis donc, la musique de la grenouille et la princesse, elle est entrainante!
    Hum. Et en plus je pars sur la lecture d'autre musique. Eh beh. Je vais jamais y arriver!

    Bon. Alors comme j'ai lu la suite, je sais qu'il y a un beau changement qui va s'opérer. Ci-git, le monde des hommes. Mais quel achêvement. J'avoue que dans le principer, tu as tapé fort, mais bien!
    Sinon...eh bien voilà j'arrive à le formuler...tes personnages ont de nombreux défauts, qui les rendent agaçant. COmme Shinobu ^^' à toujours se plaindre, ou bien Ashley à ne pas faire confiance. Mais quelques qualités sont laissées à découverts et c'est bien ça qui les rend attachants! Tout est sur un paradoxe, aimer tes personnages pour leur défauts agaçants. Le pire c'est que la plupart des individus présentent des défauts. Tout dépend ensuitz de l'affinité que tu as avec.

  • Reves-Repertoire

    15/05/2012

    Bonsoir :)
    Je suis venue lire la suite, et je suis étonnée par la tournure de cette histoire qui n'a rien de commun ! C'est original on ne peut pas dire, Shinobu est un personnage complexe tantôt niais tantôt fort ou faible, ça la rend très humaine mais parfois agaçante je trouve. Les autres personnages, surtout Ashley sont aussi intriguant et l'attente de l'explication de toute cette violence nous tient en haleine.
    Je continuerai à lire plus tard,
    N'oublie pas de nous prévenir lorsque tu postes.
    Bises,
    Anguis.

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